Rapprochement Carrefour-Auchan : les raisons d’un échec

Le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, à La Défense, près de Paris, le 23 janvier 2018.

Il était près de minuit, jeudi 7 octobre, quand Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, a fait savoir à la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, qu’il mettait fin aux négociations sur un rapprochement entre les deux enseignes. Quelques heures auparavant, il avait convoqué une réunion du comité stratégique de Carrefour, comme l’a révélé Le Figaro. Face aux réticences de ses grands actionnaires – l’homme d’affaires brésilien Abilio Diniz et surtout la famille Moulin (propriétaire des Galeries Lafayette), 38 % des droits de vote au total – et à la difficulté de s’entendre sur les valorisations, le dirigeant a préféré jeter l’éponge.

Le Monde avait révélé le 30 septembre que les deux maisons avaient engagé des discussions pour unir leurs forces, sur fond de crise des acteurs historiques de la grande distribution. La famille Mulliez avait contacté M. Bompard en mai pour lui proposer une alliance. Plusieurs scénarios ont été étudiés, dont celui d’un rachat d’Auchan par Carrefour.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Sur le marché de la grande distribution, la piste d’un mariage Carrefour-Auchan

Selon un proche du dossier, le tout dernier schéma prévoyait l’acquisition de Carrefour par la famille nordique : celle-ci était prête à indemniser les actionnaires de son concurrent à hauteur de près de 70 % en cash, au prix de 21,50 euros par action, le solde étant payé en titres du nouvel ensemble Auchan-Carrefour, coté en Bourse. Mais, dans un sens ou dans l’autre, les échanges butaient toujours sur la valorisation d’Auchan. Les Mulliez jugeaient que leur enseigne valait au moins aussi cher que Carrefour. Inacceptable pour M. Bompard.

Passe d’armes

Malgré cela, dans le camp Mulliez, le sentiment était qu’un accord était proche. Chez Carrefour, en revanche, on se montrait plus circonspect. M. Bompard avait toutefois mis Bruno Le Maire dans la confidence. Le mercredi 29 septembre à 19 heures, le PDG et le ministre s’entretenaient juste avant la tenue – finalement décalée d’une journée – d’un comité stratégique de Carrefour, dont sont membres Philippe Houzé, président du directoire des Galeries Lafayette, et Abilio Diniz.

M. Le Maire s’était opposé en janvier à l’acquisition du distributeur français par le canadien Couche-Tard. Cette fois, ce sont les grands actionnaires, et en particulier la famille Moulin, qui sont tombés des nues : pour eux, des discussions avaient bien eu lieu mais, à leur connaissance, elles s’étaient arrêtées à l’été. Ce qui avait d’ailleurs permis à la Financière Agache, holding de Bernard Arnault, le PDG de LVMH, de solder fin août sa participation au capital de Carrefour, sans risque de paraître initié.

Il vous reste 20.92% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.