« Recherche Merkel désespérément », sur France.tv : portrait obsessionnel d’une femme insaisissable

La photographe Herlinde Koelbl et la journaliste Marion Van Renterghem, dans « Recherche Merkel désespérément » (2021).

FRANCE.TV – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

Marion Van Renterghem, une ancienne journaliste du Monde devenue indépendante et actuellement chroniqueuse à L’Express, tourne depuis de longues années autour de la figure de la chancelière allemande, Angela Merkel, parvenue, à 67 ans, au terme de ses multiples mandats à la tête de son pays – seize années en tout.

Dans la foulée d’un livre, C’était Merkel (Les Arènes, 324 pages, 21,90 euros) – qui paraît avec une tranche déclinée en quatre couleurs, en hommage aux tailleurs de la chancelière, dignes d’un nuancier Pantone –, Marion Van Renterghem poursuit sa quête dans le cadre de Recherche Merkel désespérément, un portrait documentaire pour France Télévisions.

La journaliste avoue de manière liminaire que « tenter de la comprendre est devenu, chez [elle], une sorte d’obsession ». Polyglotte, tonique et naturelle, notre consœur chausse ses lunettes aux montures flashy et part – en train, en auto et même à moto ! – à la rencontre de ceux qui ont croisé, il y a longtemps ou plus récemment, la route et la destinée de la chancelière.

Il est rappelé comment Angela Kasner (Merkel est le nom de son premier mari, dont elle divorça vite) vécut « une enfance extraordinairement heureuse » dans une Allemagne de l’Est campagnarde, où son père, pasteur, était parti volontairement s’installer en 1954. Il le fit moins par sens du dévouement que « par sympathie pour l’expérience communiste » ce que le cinéaste Volker Schlöndorff, ami d’Angela Merkel, qualifie de « chose presque inconcevable », mais, ajoute-t-il : « Chez les protestants, tout est possible ! »

Concert de louanges

Le documentaire déroule le cours des événements d’une vie, en les confrontant aux souvenirs de camarades de jeunesse, son autrice s’entretenant avec Michael Schindhelm, ancien collègue physicien à Berlin-Est, avec le pasteur Rainer Eppelmann, au côté de qui Angela Merkel fit son apprentissage politique dans le parti du Renouveau démocratique, ou encore avec l’un des pêcheurs qu’elle était venue rencontrer lors de sa première candidature à un poste de députée.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Angela Merkel, de la chimie quantique à la politique

Interviennent aussi celles et ceux avec qui elle a gouverné, un acteur de ses amis (qui confirme que la chancelière paie ses places au spectacle), la photographe Herlinde Koelbl, qui décrypte intelligemment les portraits qu’elle a faits d’Angela Merkel depuis 1991, ou Alice Schwarzer, ex-correspondante de presse allemande à Paris et figure du féminisme, qui rappelle la goujaterie des mâles au pouvoir (Gerhard Schröder, Vladimir Poutine). Sans oublier des chefs d’Etat et de gouvernement, Tony Blair, François Hollande, Nicolas Sarkozy – ce dernier révélant de manière assez piquante et fine comment convaincre Angela Merkel revenait surtout à faire en sorte « qu’elle ne dise pas non ».

Seule voix dissonante dans ce concert de louanges, Daniel Cohn-Bendit pointe le « manque d’imagination politique » d’Angela Merkel, même s’il loue ses « fulgurances » inattendues.

L’une des qualités de cet excellent documentaire est qu’il dit beaucoup en s’attachant à des faits apparemment anecdotiques, mais qui se révèlent profondément éclairants sur celle qui, fidèle à sa décision de ne pas s’entretenir en tête à tête avec la presse étrangère, n’intervient donc pas face caméra. Il n’en demeure pas moins, ainsi que l’annonce le titre du film, que le mystère intrinsèque d’Angela Merkel demeure.

Recherche Merkel désespérément, documentaire de Marion Van Renterghem (Fr., 2021, 72 min). Sur France.tv jusqu’au 3 décembre.