Redécouvrir Nicolas de Staël, à Brioude

« Agrigente » (1954), de Nicolas de Staël, huile sur toile.

En 2018, la ville de Brioude (Haute-Loire) inaugurait Le Doyenné, un bâtiment médiéval entièrement réhabilité, avec une exposition sur Marc Chagall (1887-1985). Ont suivi un accrochage consacré à Joan Miro (1893-1983) et, cette année, un autre à Nicolas de Staël (1913-1955). Des œuvres peu nombreuses (une soixantaine dans le cas de Nicolas de Staël) mais judicieusement choisies. On reconnaît la patte de Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), qui montre là certains de ses artistes fétiches, avec toutefois un avantage sur d’autres commissaires d’expositions : on le sait capable d’obtenir des prêts exceptionnels.

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C’est encore le cas avec de Staël, dont plusieurs œuvres ici présentées étaient inédites jusqu’alors. Ainsi, une série d’huiles sur papier (neuf en tout) qui n’étaient jamais sorties de l’atelier. Le peintre les a réalisées immédiatement après être rentré du Parc des Princes, à Paris, où il avait assisté en 1952 à un match de football opposant la France à la Suède. On en ignore le score, mais le résultat, pour de Staël, fut déterminant : il abandonna définitivement l’abstraction pour revenir à la figure, ce qui le fit passer pour relaps et hérétique auprès de ses contemporains.

Ce qu’il y a de merveilleux avec ces extraordinaires pochades, c’est le sentiment d’urgence qui s’en dégage

Ce qu’il y a de merveilleux avec ces extraordinaires pochades, c’est le sentiment d’urgence qui s’en dégage. Utilisant les plans colorés, carrés et rectangles, auxquels sa peinture abstraite était alors parvenue, il les juxtapose afin de représenter des corps en mouvement. Il l’exprime dans une lettre à son ami René Char : « Entre ciel et terre, sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance. Quelle joie ! René, quelle joie ! »

De ces études surgiront des tableaux, où le pinceau laisse la place au couteau de peintre. Il lui arrive même d’utiliser une truelle. La fluidité de l’huile diluée est remplacée par une matière épaisse, mais jamais croûteuse, qui donne à certaines grandes toiles – outre un poids considérable – une puissance rarement atteinte dans ce domaine. Il en est ainsi dans Parc des Princes, de 1952, un gigantesque tableau (200 x 350 cm) qui a fait récemment la « une » des gazettes : propriété de la famille, il a été vendu en 2019 par Christie’s pour la somme record de 20 millions d’euros, frais compris. Son nouveau propriétaire, un collectionneur français, n’a pas hésité à le prêter à Brioude.

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