Réédition : « La Note bleue », voyage dans les cases de jazz et de la bande dessinée

Le saxophoniste Barney Wilen et le scénariste Philippe Paringaux, lors de l’enregistrement de « La Note bleue », le 1er décembre 1986, entre 22 heures et 1 heure du matin, à Yerres (Essonne).

Novembre 1985, en couverture du mensuel de bande dessinée (A suivre) no 94, un saxophoniste légèrement penché, en chemise verte, et un pianiste, veste noire, chemise rose, clope au bec. Sous le titre de la revue éditée par Casterman, la mention « Loustal-Paringaux Barney et la note bleue ». Les chapitres de cette histoire d’un musicien de jazz, sa vie nocturne dans les clubs, son errance d’un lieu à l’autre, d’une dérive à l’autre, dans le souvenir d’un amour, sont publiés jusqu’en mars 1986. Le scénario est de Philippe Paringaux, les dessins, d’un format le plus souvent rectangulaire, dans des teintes pastel, sont de Jacques de Loustal. Il n’y a pas de phylactères, le texte, narratif, est imprimé en bas des cases.

Le personnage principal s’appelle Barney. En préparant cette histoire, Paringaux a montré à Loustal des photographies de musiciens, dont le saxophoniste Barney Wilen (1937-1996), que choisit Loustal pour créer son personnage dessiné. Il n’est pas question, pour les auteurs, d’une biographie. Barney Wilen découvre la BD, se reconnaît, y voit des éléments de sa vie, d’autres non. Il rencontre Paringaux. L’idée d’enregistrer un disque qui correspondrait aux chapitres naît. Des séances ont lieu en décembre 1986, pour la compagnie phonographique Ida Records, de Philippe Vincent, qui a déjà à son catalogue une poignée de références – Louis Sclavis, Claude Tissendier, l’Ornicar Big Band, Marc Steckar…

Double succès

Barney et la note bleue est publié en volume fin janvier 1987. En même temps que le disque La Note bleue par le Barney Wilen Quintet, avec Alain Jean-Marie au piano, le guitariste Philippe Petit, Riccardo Del Fra à la contrebasse et le batteur Sangoma Everett. Double succès et « nouveau départ » pour Barney Wilen, comme le dit Philippe Vincent dans le livret, en anglais et en français, qui accompagne un coffret commercialisé, samedi 17 juillet, lors du Record Store Day, journée de promotion des magasins de disques indépendants, qui, en France, porte le nom de Disquaire Day.

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Le disque remastérisé, format 33-tours vinyle, la BD en anglais (pour la faire découvrir au monde anglophone) et un CD inédit d’un concert en 1989 au Petit-Opportun, à Paris. Dans le livret, des photographies, des reproductions d’articles fêtant les images, la musique et ce « retour », des témoignages.

Barney Wilen était alors un peu oublié. Né à Nice, en 1937, il est âgé de 20 ans lorsque paraît son premier album, Tilt, pour la marque Swing ; il fait partie, avec René Urtreger (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie), du groupe qui accompagne le trompettiste Miles Davis pour une série de concerts en France et en Europe, fin novembre et décembre. La formation enregistre la musique du film Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle. Il compose et joue aussi celle d’Un témoin dans la ville (1959), d’Edouard Molinaro, rejoint Art Blakey pour une partie de celle des Liaisons dangereuses (1959), de Roger Vadim. Il joue régulièrement, enregistre son album Barney, pour RCA, en 1960, avec notamment une longue version de Bésame mucho, composition des années 1930 de la pianiste mexicaine Consuelo Velazquez. Thème fétiche que l’on retrouvera dans La Note bleue.

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