Référendum en Nouvelle-Calédonie : les acteurs semblent enfin avoir pris conscience de l’enjeu

Analyse. Il y aura bien un troisième référendum en Nouvelle-Calédonie. Le gouvernement l’a annoncé mercredi 2 juin, à l’issue d’une semaine de travail et d’échanges, formels et informels, avec les principaux responsables politiques calédoniens – à l’exception de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), une des deux principales composantes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) –, les électeurs calédoniens auront à se prononcer une troisième fois, le 12 décembre, sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté.

Lire aussi Référendum en Nouvelle-Calédonie : un destin commun à écrire

L’aboutissement de ce processus de décolonisation engagé depuis les accords de Matignon-Oudinot en 1988, sous l’autorité de Michel Rocard, prolongé par l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, sous le gouvernement de Lionel Jospin, suscite de multiples interrogations et autant d’incompréhensions. A commencer par cette succession de référendums. Question souvent relevée dans les commentaires : l’Etat français va-t-il continuer à organiser des consultations jusqu’à ce que la Nouvelle-Calédonie devienne indépendante ?

Depuis 1986, la Nouvelle-Calédonie figure à nouveau sur la liste des territoires « non autonomes » établie par l’Assemblée générale des Nations unies. Cette réinscription est intervenue alors que le territoire connaissait, depuis 1984, une flambée de troubles violents qui ont provoqué près d’une centaine de morts. La Nouvelle-Calédonie est alors au bord de la guerre civile. Un premier référendum – organisé le 13 septembre 1987 sur l’accession à l’indépendance par le gouvernement de Jacques Chirac – donne une écrasante majorité (98,3 %) au non mais il est boycotté par les indépendantistes du FLNKS.

Période de « rééquilibrage »

Les accords de Matignon-Oudinot de 1988, intervenant après le drame d’Ouvéa au cours duquel 19 militants indépendantistes et deux militaires furent tués, permirent le retour à la paix civile. Ils prévoyaient, après une période de dix ans de « rééquilibrage » en faveur des Kanak, que les Calédoniens puissent se prononcer sur l’indépendance. Toutefois, à l’échéance dite, en 1998, les signataires de l’accord de Nouméa – Etat, FLNKS, Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR, représentant la droite loyaliste) – décident d’« ouvrir une nouvelle étape, marquée par la pleine reconnaissance de l’identité kanak, préalable à la refondation d’un contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie, et par un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté ». Le texte prévoit qu’au terme d’une période de vingt années, l’accès à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie sera soumis au vote des « populations intéressées », c’est-à-dire les seuls électeurs remplissant des conditions strictes de naissance ou de résidence sur le territoire.

Il vous reste 52.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.