Regrouper les usagers de crack dans les jardins d’Eole à Paris revient à les « repousser dans les interstices de la ville »

Les jardins d’Eole, dans le 18e arrondissement de Paris, ont été fermés temporairement au public afin de pouvoir accueillir les consommateurs de crack.

Depuis le 17 mai, les camions de CRS sont bien visibles sur la place de la Bataille-de-Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris, entre les terrasses rouvertes, les cinémas et le bassin de La Villette. Leur objectif : saturer l’espace public et repousser les consommateurs de crack, un mélange de cocaïne et d’ammoniac très addictif, qui se regroupaient dans ce lieu depuis plusieurs années, de plus en plus visibles avec les confinements successifs.

Pour que Stalingrad ne soit plus « le sanctuaire européen du crack », selon la formule du maire de l’arrondissement, François Dagnaud, la scène ouverte de consommation de drogue, et tout ce qu’elle implique – les fumeurs de crack, les vendeurs de « galettes » à 15 euros, les conséquences médico-sociales qu’elle provoque et les nuisances qu’elle génère – a été repoussée à 500 mètres de là. Les jardins d’Eole, un parc public du 18e arrondissement, seront censés la contenir dans un espace et des horaires restreints – de 19 h 30 à 1 heure du matin – afin, selon Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la Mairie de Paris, de « mieux prendre en charge sur le plan médico-social » les toxicomanes et de les éloigner, car « la situation était devenue insoutenable pour les riverains de Stalingrad ».

Très vite, une certaine confusion politique est apparue derrière cette décision. Dans un premier temps, M. Grégoire a annoncé que l’évacuation et le choix, temporaire, des jardins d’Eole avaient été organisés conjointement par l’Etat et la Ville de Paris. Quelques jours plus tard, la maire, Anne Hidalgo, a rejeté la faute sur l’Etat qui, selon elle, « laisse pourrir la situation », affirmant qu’elle ne peut se « satisfaire de cette politique à court terme qui consiste à transférer le problème d’un quartier à un autre ». Le 26 mai, lors d’une manifestation de riverains d’Eole pour demander des solutions durables, l’adjoint au maire chargé de la sécurité du 18e arrondissement, Kévin Havet, dénonçait « l’inaction du gouvernement et de Gérald Darmanin [le ministre de l’intérieur], qui pensent apporter une réponse en déplaçant les usagers de drogue aux jardins d’Eole (…) sans fournir de réponse de fond ».

Manifestation de riverains dans les jardins d’Eole, le 19 mai.

« Dans un mois, il y aura un tiers d’usagers en plus à Eole »

« Il y a une bataille politique pour faire porter le chapeau d’une décision dont on a du mal à trouver quelqu’un qui l’assume complètement », résume, dans un soupir, Jean-Pierre Couteron. Ce psychologue clinicien, figure de l’addictologie et de la réduction des risques en France, anime également l’Observatoire citoyen de la toxicomanie dans le 19e arrondissement.

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