« Réinventer l’amour », « Changer : méthode », « Rêver debout »… Nos conseils de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

La rentrée bat son plein. Pour preuve, le retour de la grande Lionel Shriver, qui persiste à fouiller avec une ironie ravageuse les arrière-fonds de la vie de couple ; le nouvel essai de Mona Chollet, qui se demande, dans les mêmes parages, comment le couple hétérosexuel peut échapper aux ravages de la domination masculine ; le regard aiguisé et tendre d’Edouard Louis sur son parcours de transfuge de classe ; la déclaration d’amour de Lydie Salvayre à Don Quichotte ; ou encore, le nouveau livre de cet orfèvre du roman noir qu’est Frédéric Paulin, sur la répression violente du contre-sommet de Gênes, en 2001.

ROMAN. « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes », de Lionel Shriver

Pourrait-on imaginer, a priori, objet de roman plus ennuyeux que la course à pied, au cœur de Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, de Lionel Shriver ? Cependant, qui a déjà lu l’écrivaine américaine sait l’usage brillant qu’elle sait faire du sport, de ce qu’il révèle des êtres – folie de la compétition, mauvaise foi…

Double faute (Belfond, 2010) s’appuyait sur le tennis pour proposer le roman le plus précis, violent (et, comme toujours avec elle, drôle et retors) qu’on ait pu lire sur la rivalité dans le couple, cet impensé de l’amour. Quatre heures… entretient de nombreuses résonances avec ce prédécesseur. Mais là où les protagonistes de Double faute étaient des joueurs de tennis d’une vingtaine d’années, ceux, fringants sexagénaires, d’aujourd’hui devraient être sortis de la course à la performance athlétique. La femme, Serenata, s’est toute sa vie soumise à un jogging quotidien. Son mari, Remington, s’est, lui, toujours tenu à prudente distance de la moindre activité physique. Et c’est au moment où Serenata se trouve privée de sa pratique sportive historique par une arthrose au genou que ce préretraité se pique de courir un marathon puis un absurde triathlon.

La vie à deux sur le long terme ne va probablement pas sans un brin de perversité. Une perversité qui est typiquement un ressort fait pour Lionel Shriver, son talent hallucinant pour les dialogues, son œil laser. On sort de ce roman étincelant d’esprit et de vivacité à la fois rincé et revigoré – comme après une bonne course, paraît-il. Raphaëlle Leyris

« Quatre heures, vingt-deux minutes, dix-huit secondes » (The Motion of the Body Through Space), de Lionel Shriver, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Gibert, Belfond, 384 p., 22 €, numérique 14 €.

ESSAI. « Réinventer l’amour », de Mona Chollet

Le prix littéraire Le Monde 2021 a récemment consacré Jacqueline Jacqueline (Seuil, 352 pages, 20 euros), où Jean-Claude Grumberg célèbre une vie de complicité avec sa défunte épouse. A quelques semaines près, Mona Chollet aurait pu citer le Grumberg dans son nouvel essai.

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