Rendez-vous avec les post-impressionnistes du marchand d’art Paul Durand-Ruel

« Bateaux de pêche à la Haute-Ile » (1885), de Maxime Maufra (1861-1918). Huile sur toile.

Le marchand Paul Durand-Ruel (1831-1922) aura marqué l’histoire de l’art de son siècle, le XIXe. Connu pour avoir été le défenseur de la Belle Ecole de 1830, dite improprement Ecole de Barbizon (Théodore Rousseau, Courbet, Millet…), et surtout, par la suite, des impressionnistes qu’il a soutenus et imposés, il fut aussi précieux pour la génération suivante, apparue au milieu des années 1890, les post-impressionnistes, moins novateurs que leurs prédécesseurs, dont ils se sont plus ou moins démarqués sans totalement rompre avec eux, contrairement aux fauves, aux cubistes et aux nabis, leurs contemporains.

A Yerres, en Essonne, La Ferme ornée, l’un des principaux bâtiments de la propriété Caillebotte, demeure ayant appartenu au peintre Gustave Caillebotte (1848-1894), présente cinq peintres post-impressionnistes avec lesquels Paul Durand-Ruel était lié par un contrat d’exclusivité moral : Henry Moret, Maxime Maufra, et Gustave Loiseau, ainsi que Georges d’Espagnat et Albert André.

Audacieux visionnaire

Les soixante toiles exposées sont, pour une moitié, prêtées par des musées français (Orsay, Pont-Aven, Lambinet…) et étrangers (Genève, Leipzig, le Vatican), et, pour l’autre, par des collectionneurs privés. La plupart de celles-ci n’avaient encore jamais été montrées au public. L’unique portrait du galeriste, dû à Renoir, accueille le visiteur sur le seuil de l’exposition comme un hôte le ferait avec ses invités.

Paul Durand-Ruel révolutionna sa profession avec l’achat systématique des productions de ses poulains, la mensualisation de leurs revenus, l’organisation d’expositions…

La visite commence au premier étage et nous emmène en Normandie et en Bretagne en compagnie de Moret, Maufra et Loiseau. Ces trois paysagistes et marinistes s’inscrivent dans le sillage de l’impressionnisme, auquel ils apportent toutefois de notables inflexions. Ce n’est pas le cas de d’Espagnat et d’André, dont les œuvres sont présentées au rez-de-chaussée, qui rompent avec l’esthétique de leurs prédécesseurs en priorisant les scènes de genre et la peinture décorative aux paysages. L’intensité des coloris de d’Espagnat le rapproche des fauves, alors qu’Albert André est celui qui a pris le plus de distance avec l’impressionnisme de ses débuts, comme en témoignent ses tableaux d’inspiration nabi.

L’exposition, qui reflète les goûts de Paul Durand-Ruel, permet aussi de mieux connaître l’homme et son apport à l’art, grâce au catalogue, très documenté (éd. Propriété Caillebotte/In Fine, 160 pages, 29 euros), dû aux deux commissaires et historiens de l’art, Claire Durand-Ruel, son arrière-arrière-petite-fille, et Jacques-Sylvain Klein. Leur ouvrage révèle un audacieux visionnaire, qui révolutionna sa profession avec l’achat systématique des productions de ses poulains, l’exclusivité sur leur travail, la mensualisation de leurs revenus, le soutien de leur cote en ventes publiques, l’organisation d’expositions individuelles et collectives dans ses galeries, à Paris, Bruxelles, Londres et New-York.

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