Rentrée sociale : « La question du pouvoir d’achat va se poser pour des fractions de la population »

Hausse des tarifs du gaz et de l’essence, flambée des prix des matières premières…, le spectre de l’inflation ressurgit en Europe et particulièrement en France, nourrissant les inquiétudes quant au maintien du pouvoir d’achat des Français. La question pourrait très vite devenir un enjeu de la campagne présidentielle pour 2022, note Pierre Madec, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Selon l’Insee, le pouvoir d’achat des ménages aurait augmenté de 0,4 % en 2020, et il progresserait même de 1,8 % en 2021. Les Français sortent gagnants de la crise ?

Effectivement, les revenus des ménages ont été largement soutenus par la politique du « quoi qu’il en coûte », au travers du financement du chômage partiel, du fonds de solidarité ou des aides ciblées. Si bien qu’aujourd’hui le pouvoir d’achat des ménages est plutôt sur une trajectoire dynamique. Si on s’en tient aux données de l’Insee, on aurait donc tendance à penser que tout va pour le mieux, mais les indicateurs macroéconomiques ont leurs limites.

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En réalité, les ménages ont subi la crise de façon très hétérogène. Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays, le gouvernement n’a pas fait le choix de faire un chèque à tout le monde. Quand on regarde dans le détail, les situations sont donc très différentes, entre ceux qui ont été au chômage, ceux qui ont touché des aides, les indépendants qui ont été plus ou moins accompagnés… Certaines fractions de la population se disent aujourd’hui que les choses ne vont pas si bien que ça et, pour elles, la question du pouvoir d’achat va effectivement se poser.

Comment traiter la question ?

D’un point de vue politique, c’est très compliqué. Toute la difficulté est d’identifier quelles situations sont les plus problématiques. On l’a bien vu pendant la crise : le gouvernement a mis en place tout un arsenal de mesures, mais on s’est quand même aperçus qu’il y avait des trous dans la raquette. En fait, la question, prise de manière plus large – et qui sera peut-être au centre du débat de la présidentielle –, est d’améliorer globalement les dispositifs de protection sociale, notamment à destination de certaines catégories plus fragiles comme les jeunes. Par exemple, il faudra peut-être s’interroger pour savoir si on remet sur la table les discussions autour du « revenu universel d’activité », un peu mises de côté pendant près de deux ans.

Faut-il augmenter les salaires des plus modestes ?

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