Rentrée triomphale pour l’Orchestre de Paris à la Philharmonie

L’Orchestre de Paris, en répétition générale, dirigé par Klaus Makela, à la Philharmonie de Paris, le 9 juillet 2020.

C’est un Orchestre de Paris en ordre de marche qui a fait sa rentrée ce 15 septembre devant une Philharmonie de Paris pleine comme un œuf. Le public a déjà visiblement adopté le jeune chef Klaus Mäkelä, nouveau directeur musical de la phalange parisienne, dont la prise de fonctions, initialement prévue en 2022, a été avancée d’une saison, portant d’emblée le premier mandat du Finlandais à six ans. Elégant et soigné, nœud papillon impeccable, le grand et filiforme jeune homme a des airs d’agent 007. Mission accomplie avec la création française de Spira, pièce pour orchestre de la compositrice coréenne Unsuk Chin, dont les sonorités irisées et diaphanes de vibraphone joué par un archet illuminent la partition de manière récurrente.

Si la structure s’inspire de la Spira mirabilis (« spirale merveilleuse ») telle que définie par le mathématicien et physicien Jacques Bernoulli (1654-1705) – elle est présente dans la forme de certains coquillages, comme le nautile –, l’écriture, virtuose et raffinée, utilise de nombreux impacts retombant en gerbes de sons. Raucité de cuivres, bariolage de clarinettes, glas de cloches, chatouillis des violons dans l’aigu, coups donnés sur les cordes à l’intérieur du piano, Unsuk Chin maîtrise parfaitement la grammaire orchestrale, entre avis de tempête et sables mouvants. Des applaudissements nourris accueilleront la Coréenne, présente dans la salle, aux saluts.

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Apesanteur extatique

La grande Lise Davidsen avait déjà chanté Richard Strauss et ses Vier Letzte Lieder lors de ses débuts avec l’Orchestre de Paris, en 2019. Elle revient cette fois avec les Vier Lieder op. 27, témoignage d’amour que le compositeur offrit à son épouse, Pauline De Ahna, le jour de leurs noces. Vestale vêtue de noir, la jeune soprano norvégienne a la stature des déesses antiques. Elle en a aussi la voix, d’une beauté magnétique, d’une densité exceptionnelle, dotée de la puissance des éléments – la vastitude du ciel, la profondeur de la mer.

Lise Davidsen frappe par son exigence. Chaque mot est habité, modelé, coloré, chaque note, chaque phrase, dites au plus près du texte

Dès les premières inflexions de Ruhe, meine Seele ! (« Calme-toi, mon âme ! ») nichées dans les replis tragiques et sombres des cuivres, la hauteur de vue de l’interprète frappe par son exigence. Chaque mot est habité, modelé, coloré, chaque note, chaque phrase, dites au plus près du texte. Des pianissimos impalpables, un vibrato serré, des aigus projetés à des années-lumière, incomparable Lise Davidsen, dont le souffle éolien s’épanouira avec noblesse et effusion dans le passionnel Cäcilie, avant l’agreste Heimliche Aufforderung (« Invitation secrète »), qui consacre le bonheur des amants délestés du monde et du jour dans le nocturne jardin d’Eden.

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