Repenti somniloque, docker anarcho-syndicaliste, escroc mythomane… Huit romans noirs pour frissonner tout l’été

LA LISTE DE LA MATINALE

Chaque année depuis 2005, le festival Quais du polar, à Lyon, donne à voir toute la richesse d’un genre majeur. L’occasion de remplir sa valise de romans noirs, policiers et autres thrillers à quelques jours des grandes vacances.

THRILLER. « Faut pas rêver », de Pascale Dietrich

La somniloquie – le fait de parler en dormant – désigne un trouble du sommeil bénin. D’autant qu’en raison de la brièveté et de l’irrégularité de ses épisodes, il incommode moins la ou le partenaire de lit qu’un ronflement continu. Toutefois, il inquiète Louise. Cris, injures en espagnol… Elle ne reconnaît pas son compagnon, un homme doux exerçant la profession de sage-femme, qui, au réveil, ne se souvient de rien. Afin d’y voir plus clair, elle fait traduire les enregistrements de ses tirades nocturnes. Pas de doute : Carlos profère des menaces de mort et livre les bribes du récit d’un assassinat dans lequel il aurait jadis trempé à Marbella. Louise décide d’aller mener l’enquête dans cette destination touristique. Elle découvre assez vite que Carlos, mystérieux sur son passé, est apparenté à un clan de puissants trafiquants andalous. « La conversation se poursuivit en français sur des sujets anodins, comme l’allaitement maternel, les placements immobiliers ou la crise des vocations chez les tueurs professionnels. » Pascale Dietrich renouvelle le roman de la pègre par la collision comique de deux mondes. Macha Séry

« Faut pas rêver », de Pascale Dietrich, Liana Levi, 208 p., 17 €, numérique 13 €.

NOIR. « Blackwood », de Michael Farris Smith

Retour à la case départ. Tel est le destin de maints protagonistes de l’Américain Michael Farris Smith. Acculés par la misère ou rongés par la culpabilité, ils sont comme frappés d’immobilité dans un pays, pourtant très vaste, où les habitants sont censés pouvoir se réinventer. Dans son quatrième roman traduit en français, le revenant à Red Bluff (Mississippi) s’appelle Colburn, sculpteur sur métal. Il y a grandi. Son père s’y est suicidé, ce que personne ici n’a oublié. Même si la ville se meurt, que les commerces ont fermé et que le kudzu, une sorte de vigne vierge invasive, dont l’omniprésence donne des accents gothiques à ce drame sudiste, menace de tout ensevelir. Trois autres arrivants font jaser : une famille de marginaux vivant de rapines et de mendicité. Lorsque deux enfants disparaissent, ainsi que la propriétaire du seul bar de la ville, la vallée plonge dans la violence. Pareillement à son illustre prédécesseur William Faulkner (1897-1962), Michael Farris Smith est le romancier du quart-monde au cœur du Mississippi et des existences gâchées par les fantômes du passé. M. S.

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