« Reporterre » dénonce l’amende infligée à l’un de ses journalistes

Jeudi 16 septembre, le « quotidien de l’écologie » en ligne Reporterre a déposé un recours hiérarchique auprès du ministre de l’intérieur. Son motif : une « atteinte à la liberté d’informer ». Son objet : la condamnation à 750 euros d’amende prononcée à l’encontre du journaliste Alexandre-Reza Kokabi, le 16 juillet 2021, pour « manquement à la sécurité aéroportuaire ».

Le 26 juin 2020, jour de la réouverture du trafic aérien à Orly, le reporter se trouvait sur les pistes de l’aéroport en compagnie d’une trentaine de militants du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion. Les activistes cherchaient à dénoncer, dans une action médiatique, la responsabilité du trafic aérien dans le réchauffement climatique. « Je ne voulais pas laisser le récit de cette action aux seuls représentants du mouvement, d’un côté, et à Aéroports de Paris, de l’autre, rapporte M. Kokabi. J’étais le seul journaliste sur place, et je savais que j’étais dans mon bon droit, celui d’informer. »

Ni ses dénégations ni la détention de la carte de presse n’ont empêché les forces de l’ordre de l’embarquer et de le garder à vue durant onze heures. Il a été condamné pour « avoir accédé aux zones de sûreté à accès réglementé sans raison légitime », et y avoir circulé sans y avoir été autorisé. Une condamnation inadmissible pour Hervé Kempf, le directeur de Reporterre : « Couvrir une action illégale, pour un journaliste, n’est pas se rendre complice de l’action », rappelle-t-il.

« Un moyen de nous faire taire »

C’est d’ailleurs ce qu’a estimé le tribunal de police d’Annecy, fin avril, lorsqu’il a eu à juger d’un cas similaire. Le 12 septembre 2020, Gérard Fumex, le créateur du site Librinfo74, avait été interpellé lors d’une action de protestation de militants écologistes à l’aérodrome d’Annecy. Alors que 200 euros d’amende avaient été requis contre lui, le journaliste a finalement été relaxé. « En mai, un autre journaliste de la radio locale H20 a aussi été relaxé pour les mêmes faits », ajoutent les syndicats de journalistes SNJ et SNJ-CGT, qui s’associent pour dénoncer ces atteintes à la liberté de la presse.

« J’ai vu des journalistes perdre du sang en faisant leur travail », ajoute Alexandre-Reza Kokabi, en référence aux violences dont ils ont parfois été la cible lors de manifestations de « gilets jaunes ». Même si ce n’est pas son cas, « ce n’est pas une raison pour se laisser faire », estime-t-il. « La privation de liberté, c’est quand même un moyen de nous faire taire. » Ce jour-là, il n’avait, de fait, pas pu livrer son reportage à temps.

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