Reprise sans paillettes pour le petit monde des cabarets

Répétition au Moulin Rouge, à Paris, le 8 septembre 2021.

Si Jospéhine Baker, la plus éblouissante des meneuses de revue des Années folles, doit entrer au Panthéon le 30 novembre, le petit monde des cabarets ne brille pas encore, loin s’en faut, de tous ses feux et de toutes ses plumes. Avec la pandémie, et malgré la réouverture timide des frontières, les touristes étrangers ne sont pas revenus au Moulin-Rouge, au Crazy Horse, au Lido ou au Paradis latin. Les revues y ont certes repris depuis la rentrée, mais à un rythme de convalescence.

Mardi 12 octobre sur la scène du Moulin-Rouge, le maître des lieux, Jean-Victor Clerico, a dressé un bilan bien morose devant les membres du Camulc, le syndicat national des cabarets, music-halls et lieux de création. « Les deux cents cabarets disséminés dans toute la France représentaient, avant le Covid, 220 millions d’euros de chiffre d’affaires et drainaient plus de 3,2 millions de spectateurs chaque année », a-t-il rappelé.

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L’effet dévastateur du Covid-19 et des différents confinements devraient se solder par « des pertes de plus de 40 millions d’euros pour le secteur, en 2020 dont plus de 30 millions uniquement pour les quatre plus gros, le Moulin-Rouge, le Crazy Horse, le Lido et le Paradis latin. Et, en 2021, grâce aux aides de l’Etat, ces pertes devraient être divisées par deux », a souligné le directeur général du Moulin-Rouge.

« Des chiffres en trompe-l’œil »

Un audit flash de la Cour des comptes avait souligné, le 29 septembre, que le Centre national de la musique (CNM) avait accordé, grâce au fonds de compensation de pertes de billetterie, la somme maximum de un million d’euros chacun au Crazy Horse, au Paradis latin et au Moulin-Rouge et près de 700 000 euros au Lido. Bien plus que la manne accordée au Printemps de Bourges (500 000 euros), par exemple.

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A la tête du Crazy Horse, Philippe Lhomme, également président du Camulc, rappelle que ces aides accordées en octobre 2020 étaient destinées à « accompagner une reprise d’activité ». « Or, nous avons dû refermer trois semaines après. Nous n’avions touché que 800 000 euros et, sur ce total, nous allons en rembourser 650 000 euros », dit M. Lhomme, qui ajoute : « Ce sont donc des chiffres en trompe-l’œil. »

Romain Laleix, directeur général délégué du CNM, en convient et assure : « Nous sommes en train d’instruire ces dossiers. » Le CNM avait expliqué, au moment de la publication de l’audit, que « le montant de la compensation était proportionnel à la jauge des salles des représentations aidées ». Il découlait « du nombre élevé de représentations, de l’importance de leur billetterie et de leur structure d’emploi (permanent), avec des charges fixes élevées ».

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