« Reservation Dogs », sur Disney+ : grandir dans une réserve sioux de l’Oklahoma

Paulina Alexis, Devery Jacobs, D’Pharaoh Woon-A-Tai et Lane Factor dans « Reservation Dogs ».

DISNEY+ – À LA DEMANDE – SÉRIE

La série Reservation Dogs s’ouvre sur le plus lamentable des hold-up. Par son butin : des chips pimentées. Par sa technique : quitte à voler un véhicule utilitaire, autant relever le hayon avant de mettre les gaz – les étincelles du panneau de métal sur le bitume manquent de discrétion et il faut toute la nonchalance du policier local pour que les braqueurs s’en tirent. Par ses conséquences enfin : la seule victime est le pauvre chauffeur livreur qui a perdu travail, épouse et santé à la suite du méfait.

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C’est qu’il est difficile de voler les riches sur une réserve sioux de l’Oklahoma. Il n’y a que des pauvres. C’est pourtant sur ce territoire grêlé de mobil-homes et de lotissements inachevés que les dangereux malfaiteurs – quatre adolescents, Bear (D’Pharaoh Woon-A-Tai), Elora (Devery Jacobs), Cheese (Lane Factor) et Willie Jack (Paulina Alexis) –, multiplient les larcins. S’ils chapardent le cuivre des installations électriques, ou s’ils vendent des tourtes à base de viande surgelée dérobée, c’est pour réunir les fonds nécessaires à leur évasion, loin de la réserve, vers la Californie. Ce rêve était celui d’un cinquième larron, Daniel, qui est mort dans des circonstances qui restent mystérieuses au terme du quatrième épisode (le dernier montré en France avant le début de la diffusion).

La misère matérielle, le traumatisme de la mort prématurée de leur ami, le poids de l’histoire de leur communauté, omniprésente, tout concourt à faire courber l’échine. Mais le cinéaste Sterlin Harjo, lui-même d’origine seminole, et son complice maori Taika Waititi (créateur de What We Do In The Shadows, réalisateur de Thor Ragnarok et JoJo Rabbitt) retournent les armes du réalisme contre la tristesse et la fatalité.

Espace mystérieux

Aussi maladroits, inconséquents que soient Bear et les siens, ils ne renoncent jamais dans leur quête, d’argent, bien sûr, mais aussi de sens. Lorsque Bear, qui a pris l’habitude de se faire passer à tabac par un gang rival, va demander une formation express en combat de rue à l’oncle d’Enora (Gary Farmer), colosse resté coincé quelque part dans les années 1970, ce dernier leur impartit, presque à son corps défendant, la nécessité du pardon et de la réconciliation.

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Peu à peu, les Reservation Dogs mettent en évidence la contradiction qui les mine. La réserve ne leur offre aucun avenir, mais ils sont l’avenir de la réserve et leur légitime désir de partir est aussi une trahison. Jamais Sterlin Harjo ne perd de vue cet héritage magnifique et terrible. Ce n’est pas pour autant qu’il le traite avec révérence. Lorsqu’il prend un coup trop fort, ou lorsqu’il commet quelque excès, Bear voit apparaître l’un des personnages les plus attachants de la série, le fantôme d’un guerrier mort écrasé sur son cheval alors qu’il galopait vers le champ de bataille de Little Big Horn. Incarné par Dallas Goldtooth, ce brave un peu bedonnant tourne gentiment en ridicule la légende sans jamais masquer sa réalité : l’extermination de nations entières.

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