Responsabilité sociale et environnementale : repenser le modèle de l’entreprise pour s’adapter au nouveaux enjeux

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Publié aujourd’hui à 08h03

Mercredi 26 mai, l’assemblée générale des actionnaires d’ExxonMobil a imposé au conseil d’administration du géant pétrolier trois administrateurs représentant un fonds activiste, Engine No. 1, engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’usage… du pétrole. Et ce malgré l’opposition farouche de la direction, mais grâce à l’appui de fonds de pension et gérants d’actifs tout aussi gigantesques, tels Calpers, BlackRock, Vanguard, etc.

Pour les plus optimistes, cet événement serait, parmi d’autres, la preuve de l’émergence d’un capitalisme « responsable », qui engagerait enfin dans la voie du « bien commun » le monde de la finance et des grandes entreprises, si souvent accusées de majorer leurs profits au bénéfice des actionnaires et aux dépens des équilibres naturels et sociaux. C’est en tout cas le signe qu’au plus haut sommet du capitalisme occidental, la question de savoir si les entreprises peuvent ou non accorder leur stratégie de développement avec les limites d’un modèle d’expansion permanente est clairement posée.

Au XIXe siècle, le socialisme utopique

A vrai dire, la quête d’harmonie entre activité de l’entreprise et besoins de la société n’est pas nouvelle, comme l’observe Frédéric Panni, conservateur du patrimoine au Familistère de Guise (Aisne). Dans la première moitié du XIXe siècle, les pères du socialisme utopique, Saint-Simon, Charles Fourier, Robert Owen, Etienne Cabet, proposaient un monde où la technique et le travail permettent de produire l’abondance de biens qui rendra l’humanité heureuse, mais où le collectif de travail laisserait s’exprimer la créativité et les talents de chaque individu.

Saint-Simon (1760-1825) n’est pas un entrepreneur, mais ses émules, les frères Pereire ou Ferdinand de Lesseps, mèneront sous le Second Empire leurs investissements dans les voies ferrées et les canaux, au nom de la vision sincère d’un monde où relier les hommes et faire circuler les biens assurerait la paix et le bonheur de l’humanité. Robert Owen (1771-1858), lui, est un entrepreneur : il reprend en 1800 en Ecosse la filature de New Lanark et la transforme en coopérative ouvrière. Puis il fonde, aux Etats-Unis, en 1825, la communauté de New Harmony (Indiana), où il n’y a ni salaire ni propriété privée, mais une égalité « parfaite »… sous l’autorité de son leader charismatique, qui publie en 1847 Le Livre du nouveau monde moral, où il expose sa vision de la société future.

Lire aussi (archive de 2005) : Robert Owen, socialiste européen

C’est également aux Etats-Unis que des disciples de Fourier, Owen et Cabet fonderont des communautés agricoles ou industrielles qui appliqueront avec plus ou moins d’ardeur les principes du phalanstère imaginé par Fourier (1772-1837).

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