Resto : les grains de folie de Manzili

Le restaurant Manzili, à Paris.

Les chercheurs du Muséum d’histoire naturelle sont décontenancés. Depuis quelques semaines, une foule se presse tous les midis devant un petit comptoir à la sortie du Jardin des plantes, côté rue Cuvier, à Paris. Deux jeunes femmes à la voix douce et au sourire émollient y distribuent bons et mauvais points : « Désolée, nous sommes en surbooking », « Ah non, vous ne serez pas en terrasse, c’est l’algorithme de résa qui décide », ou encore : « Je vais vous demander de patienter sur le côté. Vous avez quarante-cinq minutes d’avance sur votre réservation. »

Le couscous mesfouf est coiffé de petits œufs durs de caille, saupoudré de sucre, parsemé de raisins secs. Servi comme accompagnement du poisson, il opère une volte-face pour se transformer en dessert.

Les gens s’exécutent avec le sourire et sans râler. Ils veulent déjeuner chez Mohamed Cheikh ! Champion de la finale de « Top Chef » 2021, il ouvre pour l’été un restaurant à la décoration végétale et à la cuisine méditerranéenne : Manzili, « ma maison » en arabe littéraire. Algérien d’origine, ayant grandi à Fontenay-sous-Bois avec, entre autres, une grand-mère qui maîtrise l’art du couscous, il a travaillé, dans le désordre, sous la houlette d’Alain Senderens, Eric Frechon, Yannick Alléno et Philippe Labbé, à l’époque délicieuse où il officiait au Shangri-La.

Pour l’heure, la musique lounge perfore les tympans. Les corps des serveurs déambulent en rythme entre les tables. Malgré le vent frais, l’été vibre de toutes ses forces. Les clients dégainent leur téléphone portable pour scanner le QR code qui donnera accès au menu. La moyenne d’âge tourne autour de la trentaine rayonnante. Deux filles hochent la tête en cadence, trinquent avec un cocktail rose. Clic, selfie. A la table d’à côté, des tourtereaux se tiennent par la main tout en consultant leurs smartphones. Lorsque le serveur les approchent, ils sont prêts pour la commande.

Régaler dans la semoule

Les plats sont à partager. Les cinq asperges vertes semblent pourtant bien seules dans leur assiette rectangulaire. Grillées elles devaient être, ramollies elles seront. La mayonnaise de basilic est « pourquoi pas », sans ébouriffer qui que ce soit. Parce qu’il fait faim, un morceau de pain aux olives est rompu afin de saucer. Déception, il a l’allure industrielle. Les clients ont pourtant toujours la banane. Et même, une jeune femme se déhanche à l’arrivée de son assiette.

La bonne humeur est contagieuse. Alors, lorsque le maigre grillé fait son apparition sous « son jus de chlorophylle, petits pois, citron confit », la joie est de mise. Elle perdure sous l’influence de l’acidulé du citron, du poisson au goût de barbecue et des petits pois dont on adore la saison. Le couscous mesfouf est coiffé de petits œufs durs de caille, saupoudré de sucre, parsemé de raisins secs.

Couscous mesfouf aux raisins secs du restaurant Manzili, à Paris.

Servi comme accompagnement du poisson, il opère une volte-face pour se transformer en dessert. Ce plat traditionnel algérien est ingénieux et succulent. Le Raïm, cocktail sans alcool à base de jus de raisin, citron et romarin frais, le soutient dans ce double jeu sucré-salé. Le sourire n’est plus feint, le déhanché est réel. Il fallait juste un bol de semoule pour être conquis. Parfois, il n’y a pas besoin d’esbroufe.

L’adresse Manzili, 47, rue Cuvier, Paris 5e. Tél. : 01-40-79-80-72. Ouvert tous les jours à partir de midi jusqu’au 3 octobre.

L’incontournable Le couscous mesfouf aux raisins secs.

Le meilleur emplacement La 207, parfaite pour quatre personnes qui veulent s’entendre parler.

L’addition Autour de 50 €.

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