Retour sur 50 ans d’émotions artistiques

En août, Marie Collin et Joséphine Markovits se sont rendues au Festival de Salzbourg, en Autriche. C’était leur dernier voyage ensemble en tant que directrices artistiques du Festival d’automne, qu’elles quittent. Leur histoire est unique : elles ont commencé à travailler dès les années 1970 sur ce festival, où Marie Collin a programmé la danse et le théâtre et Joséphine Markovits la musique, d’abord sous la houlette de Michel Guy, le fondateur et le premier directeur de l’événement, puis avec ses successeurs, Alain Crombecque et Emmanuel Demarcy-Mota. A l’occasion de cette cinquantième édition, la dernière qu’elles signent entièrement, Marie Collin et Joséphine Markovits livrent quelques souvenirs, sous la forme d’une pièce en quatre actes.

Acte 1. Michel Guy entre en scène

Marie Collin : « Michel Guy était un grand ami de mon ex-mari, Philippe Collin, et il m’aimait bien. J’ai fréquenté, avec lui, une sorte d’université. Pendant de nombreuses années, il m’a sortie, il m’a appris la danse et la musique contemporaine, tout l’opéra. A côté, j’étudiais – pas très sérieusement – la philosophie et la sociologie, et je menais une vie un peu désordonnée. Au bout de quelques années, Michel m’a dit : “Ma petite Marie, arrêtez de déconner. Il faut se mettre au travail.” Je suis entrée au festival comme petite employée, j’aidais un peu partout. Puis, très vite, j’ai commencé à programmer, en concertation avec Michel. Il avait beaucoup d’élégance, de curiosité, et c’était un homme d’action. Quand il était convaincu du talent d’un artiste, il faisait tout pour le faire venir. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a créé le festival. Au début des années 1970, il ne se passait pas grand-chose, à Paris, dans le domaine artistique. Michel voyageait beaucoup, il voulait inviter les artistes qu’il découvrait et les faire découvrir. »

Joséphine Markovits : « Je suis arrivée avec Maurice Fleuret. J’étais attachée de presse, spécialisée dans la musique d’aujourd’hui, et je m’occupais des Journées de musique contemporaine, qu’il dirigeait et qui ont été intégrées au Festival d’automne dès sa création, en 1972. Michel Guy savait très bien ce que je défendais et il nous faisait confiance, à Marie et à moi. Au milieu des années 1970, un de mes amis australiens me rapporte des disques vinyles de musique aborigène. Je les écoute et dis à Michel : “Je viens d’entendre quelque chose d’extraordinaire.” Il me répond : “Eh bien, allez en Australie !” A l’époque, on ne savait rien de cette musique, et on était encore loin des excuses présentées aux aborigènes par le gouvernement australien [en 2008]. J’ai fait deux fois le tour de l’Australie, ce n’était pas simple, ça a pris du temps. Quand Michel Guy nous envoyait quelque part, il n’y avait pas d’obligation de résultat. On avait le droit de se tromper en lançant un projet. Cela m’est arrivé, par exemple, avec les chamanes de Mongolie, qui étaient extraordinaires, mais leurs cérémonies intimes sont intransportables. Avec les aborigènes d’Australie, cela n’a pas été le cas : deux communautés sont venues aux Bouffes du Nord, en 1983, et c’est un des plus grands souvenirs de ma vie. »

Il vous reste 67.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.