Retrait de Naomi Osaka de Roland-Garros : « On n’accorde pas aux sportifs le droit de vivre des moments difficiles »

Naomi Osaka, numéro 2 mondiale au classement de l’Association des joueuses de tennis et athlète féminine la mieux payée du monde, s’est retirée, lundi 31 mai, du tournoi de Roland-Garros. Une décision prise pour « se protéger » et « préserver [sa] santé mentale », selon la joueuse de 23 ans, qui a déclaré avoir déjà été confrontée à de « longs accès de dépression » depuis qu’elle a remporté l’US Open en 2018. Sans revenir sur la polémique engendrée par ce retrait ainsi que le refus de la joueuse de se rendre aux conférences de presse, Elise Anckaert, psychologue clinicienne et psychologue du sport à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) rappelle qu’un sportif de haut niveau est confronté à une charge de travail énorme et des exigences permanentes pour dépasser ses limites. Entretien.

De quoi, selon vous, les sportifs de haut niveau doivent-ils se protéger pour préserver leur bien-être psychologique ?

Les sportifs sont des personnalités qui donnent tout. Ils sont en quête de perfection. Leur quotidien est fait d’une énorme charge de travail, d’un engagement total, émotionnel ou physique. La peur de l’échec, la crainte de décevoir, l’appréhension de ne pas être parfait ou de ne pas correspondre aux attentes…, ça coûte, émotionnellement. Plus ils arrivent à un très haut niveau, plus les enjeux sont forts. Le droit à l’erreur ne leur est pas accordé. Eux-mêmes ne se l’accordent pas, leur entourage non plus. Ils doivent donc se protéger de toutes les distractions qui pourraient les sortir de leur zone de concentration et de performance optimale, afin de les aider à préserver leur intégrité psychologique.

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Il y a quelque chose d’aussi surprenant que récurrent : tour à tour, les sportifs sont adorés et idéalisés, puis peuvent être dénigrés, sans transition ni préavis, cela bascule, d’un extrême à l’autre. Un droit de jugement s’octroie sur leur qualité de compétition, sur ce qu’ils ont pu dire ou faire. Il faut, au contraire, leur reconnaître le droit d’être à la fois très doués et vecteurs de beauté, de passion et d’émotions fortes, mais, aussi, le droit à une vie émotionnelle et personnelle propre. C’est une reconsidération aussi nécessaire qu’essentielle pour les protéger. C’est quand même fou d’en attendre autant, de retirer autant de plaisir de leurs performances et d’en même temps être hyperexigeant comme si le sportif devait quelque chose. Il n’est pas infaillible. Le côté « personnage public » fait complètement oublier au citoyen lambda que, en fait, ce sont des êtres humains qui se confrontent à des exigences élevées, avec des charges émotionnelles et des pressions importantes.

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