Retraites : de la difficulté de réformer en période électorale

Des cheminots en grève manifestent, le 21 novembre 2007 à Paris, contre le projet de modification de leur système de retraite « spécial ».

ANALYSE. C’est officiel, la dernière année « utile » d’Emmanuel Macron pourrait bien impliquer une réforme des retraites – « la mère de toutes les réformes », selon les mots du chef de l’Etat. Reste à savoir si elle rapportera non pas des électeurs, mais des milliards. Car même si en la matière l’exécutif s’est défendu ces dernières années de vouloir une réforme « financière » – pensée pour faire des économies –, mais plutôt une réforme d’équité, il n’est pas parvenu à convaincre l’opinion de sa bonne foi. Et cela lui sera encore plus difficile en sortie de crise, alors que le déficit public devrait atteindre 9,4 % cette année, que la dette publique approche les 118 % du PIB, et que le gouvernement s’est fixé une trajectoire de réduction de la dépense ambitieuse pour les cinq prochaines années.

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A près de 15 % du PIB français en 2019, les retraites demeurent de loin le plus gros poste de dépense publique en France, devant les prestations de santé (11 %), auxquelles le gouvernement ne touchera certainement pas après dix-huit mois de pandémie. Le ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, ne manque d’ailleurs pas une occasion de rappeler la nécessité d’une réforme des retraites, plaidant même pour qu’elle se fasse avant les élections. « Je suis favorable à ce qu’on ne perde pas de temps sur ce sujet-là, qui est un sujet majeur et qui doit s’inscrire dans une réflexion sur le volume de travail et la qualité de travail qu’on offre aux Français », rappelait-il, mardi 1er juin, dans une interview au « Talk » du Figaro.

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Pour autant, s’engager dans un tel projet à quelques mois d’une élection présidentielle n’est pas sans risque – pour les deniers publics. « Une réforme à six mois des élections, ça coûte pendant vingt ans avant de rapporter ! », résume un spécialiste à Bercy. En clair : impossible, en période électorale, de proposer une réforme ambitieuse sans mesures d’accompagnement, au risque de déclencher une flambée sociale. Déjà, l’Elysée évoque l’idée d’un geste en faveur des petites retraites.

Revalorisation salariale, avancement

Car une réforme des retraites ne rapporte pas toujours. En témoigne celle des régimes spéciaux, adoptée en 2007. Promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, elle visait à aligner progressivement ces derniers sur le régime de la fonction publique, en modifiant la durée de cotisation et les conditions d’indexation. Mais pour la rendre acceptable socialement, elle fut complétée par des mesures d’accompagnement (revalorisation salariale, avancement), qui compensèrent largement ses effets sur la baisse des dépenses publiques. Si bien que, quatorze ans après, il demeure impossible d’affirmer que la réforme a permis de faire des économies, les chiffres tendant plutôt à indiquer que ce n’est pas le cas.

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