« RetroNews » ou l’actu dans le rétro

Revue des revues. Pour les historiens et les chercheurs de toutes disciplines, ou simplement les passionnés d’histoire de la presse, RetroNews est une véritable mine d’or. Avec ses quelque 1 500 titres de presse s’étendant sur trois siècles (de 1631 à 1950), le site de la Bibliothèque nationale de France (BNF), propose, depuis 2016, sous forme d’articles, de podcasts et de vidéos, des synthèses thématiques choisies pour entrer en résonance avec notre époque.

Un jeu d’échos que l’on retrouve avec la revue homonyme que vient de lancer la BNF en coédition avec JC Lattès. Ce mook – comme on désigne les revues-livres – propose donc « des incursions dans ces moments qui questionnent l’actualité », ainsi que le précisent Mahir Guven, directeur de la publication, et Etienne Manchette, responsable éditorial.

Quatre thématiques, ponctuées chacune d’un entretien, structurent ce premier numéro : « Résistances », « Contamination », « Crimes et délits » et « Sexualités ». Si pour chacune, les miroitements à notre époque ne manquent pas – que l’on pense à Paul Nizan alertant dans L’Humanité sur le péril fasciste en 1935, à la question du genre des hermaphrodites, ou la drogue, « ce drame de la modernité » dont Paris-Soir fait son miel dans les années 1930 –, le chapitre « Contamination » (sanitaire et environnementale) s’avère le plus riche d’enseignements.

Langage, discours, valeurs…

Ainsi, plongeant avec l’historienne Rachel Mazuy dans la presse de l’automne 1918, qui commence à distiller des conseils d’hygiène et autres mesures de distanciation physique pour éviter la propagation de la grippe espagnole, on découvre déjà que l’usage du masque – obligatoire en Australie – ne fait pas l’unanimité au sein de la population. Quant aux autorités « qui ne sont d’ailleurs pas critiquées par la presse pour leur gestion de l’épidémie, elles semblent intervenir assez peu », note la chercheuse.

Autre « épidémie » qui, dans l’entre-deux-guerres, suscite émois et inquiétudes : le suicide. Anton Serdeczny montre ici comment l’« homicide contre soi », considéré comme un délit, se mue peu à peu en « choléra moral » dont il faut trouver le responsable. Ouvrant ainsi un espace de polémique considérable qui, avec le suicide assisté, ne s’est toujours pas refermé.

Langage, discours, valeurs… La presse est un merveilleux capteur de l’évolution de nos représentations, comme l’illustre parfaitement François Jarrige, spécialiste de l’histoire de l’industrialisation, avec l’invention médiatique du terme « pollution ». D’un usage rare avec une connotation morale avant 1860, ce vocable commence à apparaître à mesure que se développe l’hygiène publique pour décrire les méfaits des eaux contaminées. Il demeurera sur ces rives fétides jusqu’en 1945, avant de se diversifier et toucher d’autres domaines dont l’air.

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