Revenants, conteur créole, drôle d’inspecteur… : nos choix de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

Cette semaine, trois romans sont à l’honneur : Nightmare Alley, de l’Américain William Lindsay Gresham, Le Conteur, la nuit et le panier, de Patrick Chamoiseau, et Un flic bien trop honnête, de Franz Bartelt. Euro de football oblige, la rédaction s’est aussi penchée sur l’essai de Stéphane Floccari Pourquoi le football ?. Une réédition enfin : les reportages de Vassili Grossman pendant la seconde guerre mondiale, Années de guerre.

ROMAN. « Nightmare Alley », de William Lindsay Gresham

Stanton Carlisle, adolescent fugueur hébergé dans un cirque itinérant, entame un parcours social salvateur basé sur l’illusionnisme, le « spook racket », « l’escroquerie aux revenants », et l’abus de confiance. Une courbe de vie marquée par trois femmes : Zeena, voyante pour rire qui le déniaise et l’initie à l’art de la seconde vue ; Molly, jeunette aux airs trop naïfs et comparse scénique au dévouement apparemment total avec qui il perce au music-hall et met en place une véritable technologie de l’arnaque spirite ; et la psychiatre Lilith Ritter, qui lui permet d’accéder à une haute société fortunée qu’il écume à grand renfort de piraterie psychique et de shows paranormaux.

Formidable réflexion fictionnelle sur la manipulation sociale de la langue (accent, argot, rhétorique) et sur la psychologie de l’escroc, Nightmare Alley, paru en 1946, avait déjà été traduit en France en 1948 sous le titre Le Charlatan. Il est ici proposé sous son titre original, dans une traduction révisée et avec une érudite préface de l’écrivain Nick Tosches. L’unique succès de William Lindsay Gresham apparaît comme le condensé de ses expériences, la somme de ses fascinations et l’élixir de ses souffrances. François Angelier

« Nightmare Alley », de William Lindsay Gresham, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Denise Nast, révisé par Marie-Caroline Aubert, introduction de Nick Tosches, Gallimard, « Série noire », 452 p., 22 €.

ESSAI. « Pourquoi le football ? », de Stéphane Floccari

Le coup d’envoi de l’Euro 2021, vendredi 11 juin, sonne le retour cyclique du spectacle sportif le plus populaire au monde. Les amateurs préparent leurs soirées passionnées, les contempteurs, leurs stratégies d’évitement. Les uns comme les autres pourront se retrouver autour d’un livre : Pourquoi le football ?, de Stéphane Floccari.

Le but de cet essai : comprendre le « mystère du pied poussant la balle ». Le philosophe cherche à rendre compte du football « comme pratique accompagnée de sens et créatrice de valeurs pour ceux qui le pratiquent et le regardent ». Il s’agit donc de le penser en situation, balle au pied ou dans ce « jeu sans ballon » en quoi consiste l’activité du spectateur. Sur une telle « surface de définition », apparaît alors le véritable numéro 10 de cet ouvrage, le philosophe Vladimir Jankélévitch.

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