« Revenir fils », de Christophe Perruchas : mère indifférente, fils perdu

« Revenir fils », de Christophe Perruchas, Rouergue, 288 p., 20 €, numérique 15 €.

Dans Sept gingembres (Rouergue, 2020), son premier roman, Christophe Perruchas explorait déjà de manière clinique une folie pourtant ardente et furieuse. Celle d’un publicitaire parisien en pleine crise d’hubris. Si, pour le deuxième, il change de cadre – la petite classe moyenne de province –, la folie est toujours là. Revenir fils est le roman de deux vides impossibles à combler, de deux décompositions. Dans un quartier pavillonnaire de Nantes, un adolescent, dont le père vient de mourir, vit seul avec sa mère, atteinte du syndrome de Diogène – qui consiste à conserver et à accumuler objets et ordures – depuis la perte d’un premier fils, mort bébé. Un traumatisme que le décès de son époux réactive, explosant dans un épisode décompensatoire au terme duquel la mère ne reconnaît plus son second fils.

Ce dernier, déjà enfermé dans une souffrance aussi profonde que muette face à l’obsession de la mère pour l’enfant défunt, sombre un peu plus avant d’être recueilli chez un oncle. Croisant la voix du fils – « je » vacillant qui essaye malgré tout de se maintenir – et celle de la mère – « on » indifférencié et désespéré –, l’auteur trace, dans un style volontairement plat et sans psychologisation, le double portrait d’un adolescent paumé qui s’étourdit dans les flirts, l’alcool ou le haschisch, et d’une femme soumise, résignée, qui n’a jamais été le sujet de sa propre vie.

Un homme de papier

Vingt plus tard, le fils ignoré est devenu père de deux enfants et dirige une agence de location de voitures. Mais sous le vernis de la banalité, c’est un homme de papier, traversant la vie de manière souvent absente et rejouant sa relation à la mère avec une compagne froide et indifférente : « Elle avait cet abord un peu distant, cette façon d’être figée, mais elle n’était pas ce bloc de glace que j’avais à présent contre moi. » Saisi d’une pulsion, il décide de se confronter à cette mère qu’il n’a jamais revue et retrouve une femme vieillie, toujours amnésique, recluse dans une maison devenue un sarcophage débordant et insalubre.

L’occasion, pour l’auteur, de se livrer à de longues et foisonnantes descriptions de la multitude d’objets accumulés au fil des années, comme dans une version psychotique et sale des Choses, de Georges Perec (Julliard, 1965) : « Des cahiers, des chaussures d’homme comme de femme, dépareillées et vieillies, cuites et déformées, le cuir comme déshydraté, momies de chaussures, des sacs de supermarché, cumulonimbus de plastique, plus loin des réveils, un début de collection. »

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