« Ride Your Wave » : Masaaki Yuasa fait de l’eau le miroir d’une âme disparue

Les personnages Hinako et Minato du film d’animation « Ride Your Wave », de Masaaki Yuasa.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Le nom de Masaaki Yuasa n’est plus un secret aussi bien gardé qu’autrefois, et l’homme est désormais reconnu, après plus de vingt ans d’activité, comme l’un des créateurs multisupports les plus stimulants de l’animation japonaise contemporaine. En France, c’est la série Devilman Crybaby (2018), diffusée sur Netflix, qui a contribué à familiariser le public avec sa patte psychédélique, dopée au dynamisme du trait, à l’extravagance des couleurs comme à toutes sortes d’inventions protéiformes.

Avec lui, l’animation est une expérience psychotrope qui se goûte les pupilles dilatées, les connaisseurs se rappelant encore des délices hautement perchés du film Mind Game (2004) ou de la série The Tatami Galaxy (2010). Ride Your Wave, présenté au Festival d’Annecy en 2019, est le deuxième de ses longs-métrages à rejoindre les salles françaises.

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Après Lou et l’île aux sirènes (2017), destiné aux enfants, ce nouveau film vise à son tour une frange plus large du public adolescent, prenant la voie de la romance. Hinako emménage dans une villégiature côtière pour joindre l’utile à l’agréable, c’est-à-dire suivre des études supérieures tout en allant taquiner de temps en temps la vague sur sa planche de surf. A la suite d’un incendie dans son immeuble, elle tombe amoureuse de Minato, un apprenti pompier venu la sauver sur sa nacelle providentielle.

A eux deux, ils forment un petit couple fleur bleue, avec ses codes et ses tics régressifs, comme gazouiller de concert une chanson gnangnan. Mais vient le jour où Minato meurt en mer après s’être porté au secours d’un vacancier. Endeuillée, Hinako bascule dans un quotidien atone, mais découvre qu’il lui suffit d’entonner la fameuse chanson pour faire apparaître l’esprit du disparu dans la moindre parcelle d’eau.

Traces de delirium

D’une facture plus commerciale, Ride Your Wave se laisse aborder comme une bluette fade et sans conséquence, avant que son tour funèbre ne révèle un film plus malade. Scindé par la disparition de Minato, le récit passe par deux fois par les mêmes lieux, les mêmes situations, pour leur donner, alternativement, ou la teinte du bonheur « guimauve », ou celle de la perte sèche.

Le travail du deuil constitue le sujet principal, dont la métaphore réside dans les réapparitions de Minato, fantôme aqueux, et la relation maniaque que sa petite amie entretient avec lui. Le fond d’animisme qui justifie ici le fantastique n’empêche pas de désigner le deuil comme une folie, un solipsisme : Hinako se désocialise à force de parler à des bouteilles d’eau, à des flaques, à des jouets gonflables et à toutes sortes de réceptacles où elle voit flotter l’âme de son bien-aimé. Le romantisme version Yuasa garde en lui des traces de delirium.

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