Robert Abirached, universitaire et homme de théâtre, est mort

C’était un homme avec qui l’on ne s’ennuyait pas. Sa conversation était à son image, vive, savante, passionnée, et il ne mâchait pas ses mots. Ces qualités ont irrigué la carrière de Robert Abirached, entre l’université et le ministère de la culture, où il a été aux commandes de la direction du théâtre et des spectacles (DTS) de 1981 à 1988. Il y a quelques mois, il nous en parlait, dans son bureau situé au rez-de-chaussée de l’immeuble où il habitait, dans le 16e arrondissement de Paris. Apprenant sa mort, survenue le 15 juillet, à 80 ans, à Paris, on le revoit derrière sa table de travail. Les étagères de son imposante bibliothèque étaient clairsemées : Robert Abirached avait légué ses livres à l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine), à Caen, une ville qui a beaucoup compté dans son itinéraire.

Robert Abirached était né à Beyrouth le 25 août 1930. Formé chez les Jésuites, il arrive à 18 ans à Paris, où il fait khâgne et hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand. Puis il intègre l’Ecole normale supérieure, passe l’agrégation de lettres classiques, et pratique la critique dramatique, pour la revue Etudes jusqu’en 1971, et Le Nouvel Observateur, de 1964 à 1967, tout en étant assistant à la Sorbonne. Il accompagne aussi la fantastique aventure du Festival mondial du théâtre de Nancy, fondé par Jack Lang en 1963. Il s’en éloigne après 1968, jugeant son orientation artistique trop politique.

En 1969, il est appelé par l’université de Caen où il devient maître de conférences. C’est là qu’il cofonde, en 1970, l’un des premiers Instituts d’études théâtrales. Armé d’un doctorat, il devient professeur, enseigne, publie, et continue de fréquenter assidûment les théâtres. Quand Jack Lang est nommé ministre de la culture, en mai 1981, il demande à Robert Abirached de le rejoindre, d’abord à son cabinet, puis à la direction de la DTS. « Je ne connaissais rien à ces fonctions, et je n’avais jamais mis les pieds Rue de Valois », se souvenait Robert Abirached.

Création du Centre national des arts du cirque

Le voilà à la tête d’une administration. Il apprend les rouages, compose avec les autres directions du ministère. Rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement où siège la DTS, Robert Abirached reçoit à tout-va : « L’état du théâtre était catastrophique : démoralisation, manque de considération et d’argent. On comptait des dizaines de compagnies sans toit ni lieu, les centres dramatiques nationaux vivotaient de très faibles subventions, le maillage du territoire était insuffisant et le tout était brouillé par les maisons de la culture, qui faisaient du théâtre. Bref, il n’y avait aucune pensée d’Etat sur un domaine d’Etat. »

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