Roselyne Bachelot : « La France a besoin d’acteurs forts pour résister aux géants mondiaux de l’audiovisuel et du numérique »

La ministre de la culture Roselyne Bachelot au Musée d’Orsay, le 25 mai 2021, à Paris.

La directive SMA, qui va obliger les plates-formes de streaming à financer la création française, doit entrer en vigueur le 1er juillet. Où en est la réforme, qui concerne aussi les chaînes de télévision traditionnelles ?

Les grandes plates-formes (Amazon, Netflix) vont participer à la création française à hauteur de 20 % à 25 % de leur chiffre d’affaires. Elles pourraient investir autour de 200 millions d’euros par an. C’est une révolution culturelle ! Nous travaillons sur trois textes : le décret SMAD [services de médias audiovisuels à la demande], qui permet que la directive soit opérationnelle, est finalisé. Les décrets « TNT » et « câble-satellite », qui révisent les obligations de financement des chaînes historiques, sont en cours d’élaboration, et la chronologie des médias est négociée entre les acteurs. Je voudrais tout sortir en même temps, à la fin du mois, ou début juillet, car cela compose une architecture globale.

Canal+ menace de quitter la TNT s’il n’obtient pas de diffuser les films trois ou quatre mois après leur sortie en salle, contre de six à huit mois aujourd’hui. Les prenez-vous au sérieux ?

Dans une négociation, il est normal de montrer sa détermination et ses muscles. Certains veulent arriver plus tôt dans la chronologie des médias. D’autres rester là où ils sont. Le monde du cinéma traditionnel veut que la contribution des plates-formes soit la plus forte. Les plates-formes, elles, disent : on ne va pas contribuer et être reléguées à trente-six mois [après la sortie des films en salle]. Tout cela s’entend. Mais je suis confiante, les acteurs vont arriver à une solution équilibrée, chacun en tirera avantage. Si les négociations n’aboutissaient pas, le gouvernement reprendrait la main, mais on n’en arrivera pas là.

TF1 et M6 ont justifié leur mariage par la nécessité de lutter contre Netflix. Un tel rapprochement est-il souhaitable ?

C’est une opération entre deux groupes privés. Je n’ai pas à dire si je suis pour ou contre. Je serai seulement vigilante au respect des règles de concurrence – et l’autorité de la concurrence sera amenée à se prononcer – et au pluralisme, contrôlé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel [CSA]. La France a besoin d’acteurs forts pour résister aux géants mondiaux de l’audiovisuel et du numérique. La crise a révélé la fragilité du marché français, qui a certainement besoin d’être consolidé. Sur les programmes, il est soumis à la concurrence des nouvelles plates-formes. La progression du marché publicitaire se fait surtout sur le numérique, et non sur le marché traditionnel.

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