Ryusuke Hamaguchi, réalisateur : « Le temps de venir par soi-même à la parole »

Comme Burning, du Coréen Lee Chang-dong, qui lui aussi a concouru à Cannes pour la Palme d’or, en 2018, Drive My Car est un long film inspiré d’une brève nouvelle d’Haruki Murakami. Après Asako I & II, c’est le deuxième film que Ryusuke Hamaguchi réalise dans le cadre d’un système de production classique, ce qui ne l’a pas pour autant détourné des thèmes et des méthodes qui régissent son cinéma depuis ses débuts, en 2008. Rencontré en juillet à Cannes, cet ancien élève de Kiyoshi Kurosawa, aujourd’hui âgé de 42 ans, revient sur l’écriture et la réalisation de Drive My Car.

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Comment s’est passé le processus d’adaptation du texte de Murakami ? Entre autres, qu’est-ce qui a motivé le changement de métier du protagoniste, acteur dans la nouvelle, metteur en scène dans votre film ?

En 2018, après la sortie d’Asako I & II, le producteur, Teruhisa Yamamoto, m’a proposé d’adapter une nouvelle de Murakami. Je ne me retrouvais pas vraiment dans celle qu’il m’a suggérée. J’ai préféré Drive My Car, dans laquelle je reconnaissais des éléments de mon univers. C’est une nouvelle, le matériau de départ était insuffisant. Pour l’enrichir, je me suis inspiré d’autres nouvelles du recueil dans lequel elle a été publiée, Des hommes sans femmes (2017). Dans le prologue, Murakami explique que toutes ces histoires ont une cohérence. Dans Shéhérazade, j’ai cherché tout ce qui concerne la vie de la femme de Kafuku, qui n’apparaît pas du tout dans Drive My Car ; dans Kino, je suis plutôt allé chercher l’idée selon laquelle Kafuku estime qu’il n’a pas assez souffert au moment où il a vécu les choses, et c’est là que j’ai trouvé l’objectif qu’il se fixe.

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Quant au fait qu’il soit metteur en scène plutôt qu’acteur, comme dans la nouvelle, je voulais qu’il soit invité dans un festival international de théâtre, c’était nécessaire pour élaborer tout le travail autour du jeu avec des comédiens de plusieurs nationalités. Nous devions tourner en Corée, à Busan, ce que nous n’avons pas pu faire à cause du coronavirus. Hiroshima réunissait toutes les conditions logistiques nécessaires au tournage. Il y a une autre raison à ce changement : sa relation à Takatsuki, le jeune comédien. Dans la nouvelle, ce sont deux collègues qui se rencontrent dans un bar. Je me suis dit que la mise en scène de leurs rapports aurait moins de relief, il y avait ce besoin de les faire converser dans une voiture, et je trouvais que la relation de metteur en scène à acteur était plus intéressante.

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