Sabah Fakhri, passeur de la musique arabe traditionnelle, est mort

Sabah Fakhri se produit au festival « Angham min al-Sharq » (« Sounds of Arabia ») à Abou Dhabi, le 13 mai 2010.

Interprète et passeur légendaire de la musique arabe traditionnelle, le ténor syrien Sabah Fakhri est mort mardi 2 novembre à Damas, à l’âge de 88 ans. La voix puissante de cet homme petit et rond, capable d’exalter son public, aura marqué des générations, de la Tunisie au Proche-Orient. Une foule s’est rassemblée, jeudi 4 novembre, pour prendre part au cortège funèbre, dans la capitale syrienne puis à Alep, sa ville natale, dans le nord du pays, où il a été enterré.

Ses concerts, accompagnés par un orchestre ou un groupe plus resserré de musiciens, sont réputés pour s’étirer sur de longues heures

Né le 2 mai 1933, Sabah Al-Din Abou Qaws de son vrai nom, est doté d’une voix qui suscite l’admiration de sa famille dès son plus jeune âge, selon sa biographe Shaza Nassar. Enfant, il apprend auprès de son père à réciter le Coran. Il développe son chant au contact de cercles soufis, ou auprès de maîtres du tarab (une forme musicale associée à une évocation émotionnelle, dont les circonvolutions mènent à l’extase) et de grandes figures de la musique arabe. Il sera brièvement muezzin à Alep, et restera toute sa vie attaché à la religion. L’histoire veut qu’il ait lancé l’appel à la prière depuis la mosquée des Omeyyades d’Alep, lors de la visite qu’y fit Gamal Abdel Nasser, le chantre du panarabisme, au cours de l’éphémère union entre l’Egypte et la Syrie à la fin des années 1950.

Il reçoit un apprentissage plus formel de la musique dans des académies, à Alep et à Damas. Là, il fréquente l’institut de musique que Fakhri Al-Baroudi, figure de la lutte contre le Mandat français en Syrie, vient de créer. Le mécène l’accompagne dans son ascension, et le musicien, connu pour ses danses vocales, adopte son prénom comme nom de scène.

« Seconde citadelle d’Alep »

Au tournant des années 1950, alors qu’il a obtenu son diplôme, il résiste à la tentation du Caire : à cette époque, la capitale égyptienne est l’épicentre de la musique arabe. La radio d’abord, avant la télévision, introduit la voix de Sabah Fakhri dans le quotidien des Syriens. Il ancre son art dans le patrimoine lyrique d’Alep, chantant avec charisme pendant plus d’un demi-siècle les « mouwachahat andalous » et les « qudud alépins ». Il met en musique de grands poèmes arabes. Ses concerts, accompagnés par un orchestre ou un groupe plus resserré de musiciens, sont réputés pour s’étirer sur de longues heures.

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Le Monde décrit ainsi l’une de ses apparitions en France, à Nanterre, dans les années 1980 : « Trois heures sous le charme d’un magicien (…). Trois heures qui ont paru s’envoler comme une dizaine de minutes et auraient pu se prolonger la nuit entière. (…) Fakhri est une bête de scène. Incroyablement sobre, et économe de ses gestes, il entraîne aussitôt son auditoire ailleurs : dans les rues peut-être d’une ville blanche embaumant le jasmin, sûrement à travers ces jardins où coulent des fontaines. »

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