Sabine Marcelis, Marion et Thomas Mailaender, Roman Alonso et Steven Johanknecht, des designers de goût

L’esprit décalé de Marion et Thomas Mailaender

Thomas et Marion Mailaender, architectes d’intérieur et designers.

Quand l’architecte d’intérieur et designer Marion Mailaender défend dans sa création le leitmotiv « Less is more but too much is cool » (en gros, la profusion vaut mieux que le minimalisme), Thomas, son artiste de mari, scande la baseline des pubs Hollywood chewing-gum de son enfance dans les années 1980 : « Fraîcheur de vivre ! ». Autant dire que le couple de quadras originaire de Marseille, revenu vivre dans la cité phocéenne en pleine effervescence créative après deux décennies parisiennes, partage un même sens du détournement, et les mêmes références à la culture populaire et au kitsch.

Ils incarnent à eux deux la nouvelle scène française du design, où chacun possède son domaine d’expertise, son écriture et ses médiums, mais ils vouent une même passion à l’art brut, l’architecture sans architecte, les objets trouvés, l’humain. Les codes esthétiques du lisse et du bon goût, très peu pour eux.

Pour leur mariage à Marseille en 2008, ils ont organisé une grande soirée déguisée sur le thème de la série télévisée Dallas. Pour l’occasion, ils avaient loué des costumes et une voiture de tuning entièrement dorée qui leur a servi d’enceintes pour l’apéro. Le couple d’artistes marseillais place l’humour au ­premier plan, mais un humour qui s’accompagne de réflexions ­fondamentales. Au centre de leurs pratiques respectives, cette question cruciale : comment créer dans un monde déjà saturé d’images et d’objets ?

Le couple s’est mis à créer à quatre mains : Des tables en bois qu’ils ont sculptées ensemble et une série d’assiettes customisées, désormais commercialisées sous la marque 04-91, l’indicatif téléphonique de Marseille, évidemment.

Marion imagine la plupart de ses créations à partir d’éléments de récupération, elle utilise, par exemple, des chutes de marbre pour ses vases ou des pare-brise de voitures trouvés à la casse et retravaillés pour en faire des miroirs à l’esthétique minimale baptisés K2000. De son côté, Thomas puise son inspiration dans les archives et réalise des installations monumentales sur tirages Blueprint à partir d’images d’anonymes ­issues d’Internet, à la manière d’un archéologue de son époque.

Depuis leur rencontre, pendant leurs années lycée en pension à Marseille, Marion et Thomas ne se sont jamais quittés. Ils ont fait leurs armes en même temps à Paris. Marion en passant par l’Ecole Boulle et l’aménagement de la maison de Sophie Calle (l’une de ses premières réalisations), Thomas en construisant sa carrière d’artiste multimédia à travers la photographie, des livres et des expositions. Etudiants, ils partageaient déjà les mêmes goûts éclectiques et avant-gardistes.

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