S’aimer comme on se quitte : « Dans son salon, on s’embrasse. Puis on couche ensemble dans la douche »

Premier jour

Il n’y a pas de photo sur son profil Grindr. Cette application pensée pour les rencontres homos me propose une mosaïque de personnes en fonction de ma géolocalisation. C’est vraiment « baise avec ton voisin », pour assouvir un besoin pressant à l’endroit où l’on se trouve.

Quand j’ouvre Grindr sur cette plage du Sud-Ouest où je suis en vacances, je ne suis pas forcément dans l’urgence d’un rapport. La veille, j’ai raccompagné mon mec à la gare. On était en avance, il n’a pas voulu que j’attende le train avec lui. Déjà que j’avais dû beaucoup insister pour qu’il m’accorde un tout petit week-end pendant les vacances, je ne me sens plus trop redevable envers lui. Je suis déçu. Comme on s’estime, on fait des efforts l’un envers l’autre, mais ça ne colle pas entre nous, surtout sexuellement.

Cela ne fait pas si longtemps que je vois des hommes, mais c’est sûr que, de ce côté-là, c’est plus facile d’avoir du sexe pour du sexe. Ce jour-là, je ne suis pas en chasse, mais son profil attire mon attention. On discute vite et bien, on s’envoie des photos, il est mignon. La drague est gentille et facile. Il ne connaît pas le coin, j’en suis originaire. A travers l’interface de l’appli, je m’improvise guide de ses vacances, je lui recommande des endroits sympas. On ne sait ni l’un ni l’autre si l’on va se rencontrer.

« Les “one shot” comme ça, en général, c’est juste pour la décharge et la jouissance, chacun est assez égoïste dans la recherche de son plaisir. Avec lui, il y a cette fluidité qui signifie qu’il y a quelque chose qui circule »

Deux jours après, je termine ma session de surf. Je prends ma douche à la plage, rince ma combinaison incrustée de sel. J’ai le visage blanc de crème solaire, les cheveux mouillés. Il me propose de passer dans l’appartement qu’il loue pour les vacances avec un ami, qui n’est pas là. Il est disponible, maintenant. Chez les hommes homos, on ne prend pas de verre avant, on est beaucoup plus direct. Sans faire de mauvaise sociologie, j’ai l’impression qu’on est conditionné à assouvir nos désirs plus rapidement, alors que dans les relations hétéros, avant le sexe, il y a les cafés et les restos, tout ce qui rend le rapport socialement acceptable. Les homos ne s’embarrassent pas de ça, ils vont plutôt dîner ensemble après, quand ils ont envie de se revoir.

Il m’ouvre la porte en serviette, il sort de la douche. Son appartement a vue sur la plage, rempli du bazar de deux copains en vacances qui n’y restent pas longtemps et n’y font que dormir. On parle de nos âges, sur lesquels on a tous les deux menti dans l’application. J’ai mis 35 ans, j’en ai 37, je ne peux pas plus le baisser avec ma barbe et mes cheveux blancs apparaissants. Lui a aussi 37 ans, mais il a indiqué qu’il en avait 33, il peut se le permettre, il est blond à la peau lisse.

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