S’aimer comme on se quitte : « Elle ne veut plus que je voie notre enfant, elle lui lave le cerveau »

Premier jour

Cela fait un an que mon ex m’a quittée. On a passé dix ans ensemble, c’était ma première histoire homo, avant j’étais hétéro. Je suis alors en friche, je n’ai pas très envie de rencontrer quelqu’un. Je sors souvent au Pulp, une boîte de nuit lesbienne sur les grands boulevards, à Paris. C’est un endroit enfumé, mais surtout un espace de liberté et de protection pour les filles, un cocon pour les naufragées de l’amour. Jennifer Cardini y mixe, et on n’aime pas trop les soirées mixtes, parce que les garçons viennent souvent pour nous mater.

Le Pulp, c’est aussi un forum en ligne. On passe des heures entre nous à discuter et à déconner sur Internet, on est une grande bande de copines lesbiennes. On échange, on se soutient et, surtout, on rit beaucoup. L’une de mes amies du forum tient absolument à me présenter l’une des membres, me promettant qu’on se plairait. Je n’ai pas très envie, je me demande même si je ne vais pas me remettre avec un mec.

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Elle insiste, et organise un traquenard dans un bar. J’hésite à y aller, et puis je décide de faire confiance à cette amie intelligente, percutante, qui ne doit pas faire ça sans raison. Elle sait que moi je suis assez féminine, talons, vernis, cheveux longs, et que je n’aime pas trop les camionneuses. J’arrive dans le café, et je m’assois en face de Marie, donc. Marie est très grande, elle a l’air très jeune. Elle a bien une vingtaine d’années, mais elle semble en avoir 16. Heureusement, elle est connue au Pulp, alors, le videur la laisse entrer, mais sinon, en boîte, on lui demande tout le temps sa carte d’identité. Marie a une voix de canard, elle n’est pas très bien habillée.

« On se revoit. Là, je la trouve super jolie, on discute. Elle est indépendante et libre, elle a du caractère, elle ne parle pas beaucoup mais elle parle juste. »

On s’observe du coin de l’œil sans se parler. Je fais la fière et l’indifférente. Elle a un jonc en or autour du cou, je trouve ça très joli et sexy. Le verre se termine. Marie part avec d’autres au McDo, je n’y vais pas, je suis végétarienne. Le lendemain, notre amie commune m’appelle pour me demander ce que j’ai pensé de Marie. « Alors ? » « Elle est trop grande, trop jeune, lâche l’affaire », lui ai-je répondu.

Mais avec Marie on continue à se parler sur le forum du Pulp. On se revoit dans un autre bar, vers Bastille. Là, je la trouve super jolie, on discute énormément. Elle est indépendante et libre, elle a du caractère, elle ne parle pas beaucoup, mais elle parle juste. Elle doit partir, se dirige vers son scooter, remet son casque et me regarde. Je suis restée scotchée, à me dire qu’il se passe quelque chose.

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