« Salles de shoot » : des projets en passe d’aboutir à Lille, à Bordeaux et à Marseille

Dans plusieurs grandes métropoles, à Marseille, à Bordeaux, à Lille… les projets de salles de consommation à moindre risque − dites « salles de shoot », permettant aux usagers de drogues injecteurs (opiacés, héroïne…) de consommer dans des conditions plus sûres et de manière encadrée − sont devenus un serpent de mer. Toujours sur le point d’aboutir, toujours finalement repoussés. L’expérimentation ouverte en France en 2016 a donné lieu à l’ouverture de deux structures seulement ; l’une à Paris, l’autre à Strasbourg.

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A entendre les acteurs de la réduction des risques porteurs de ces structures, parmi les principaux freins figurent les municipalités, souvent peu enclines à franchir le cap de dispositifs suscitant la crainte des habitants. « Aujourd’hui, les élus locaux sont en première ligne dans le processus de validation, c’est une pression beaucoup trop forte et cela n’a pas de raison d’être alors que nous parlons de dispositifs de santé publique », estime Nathalie Latour, de la Fédération addiction, qui défend un changement des règles de création des salles de consommation à moindre risque.

Au ministère de la santé, où l’on annonce une pérennisation du dispositif, la remise en question du processus de création de ces structures n’est pas à l’ordre du jour. « Le ministre est convaincu de l’utilité du dispositif et considère que deux salles depuis 2016, ça n’est pas à la maille des besoins, indique-t-on dans l’entourage d’Olivier Véran. Mais la balle est surtout dans le camp des maires, et pour que ça marche, ce sont des projets qui doivent faire consensus entre l’ensemble des acteurs [maires, agences régionales de santé, justice et intérieur]. » Deux ou trois projets seraient « mûrs » pour éclore à courte échéance, selon le ministère de la santé, notamment à Bordeaux et à Marseille.

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« Le problème reste l’emplacement »

Dans les rangs des équipes municipales, si les voyants apparaissent au vert, on avance cependant encore à pas feutrés sur ce sujet sensible. A Marseille, la création d’une « salle de shoot » était inscrite dans le programme du Printemps marseillais, l’union à gauche élue en juin 2020. Un an après sa prise de fonction, Michèle Rubirola, maire EELV éphémère devenue première adjointe chargée de la santé, évoque aujourd’hui un « projet qui va se mettre en place ».

La nouvelle municipalité a trouvé dans les placards de l’ancienne gouvernance un dossier presque complet qui aurait dû aboutir avant 2020. « La salle devait s’installer dans l’ancienne morgue de l’hôpital de la Conception, mais la levée de boucliers des voisins et l’opposition de la maire de secteur de l’époque ont fait reculer Jean-Claude Gaudin », résume Béatrice Stambul, psychiatre et présidente de l’Asud Mars Say Yeah, une des plus anciennes associations d’auto-support des usagers de drogue en France, qui porte le projet et est appelée à gérer la salle.

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