« Salut Alain ! Hommage à Alain Rey », l’amoureux des mots

Livre. Décédé il y a un an, le 28 octobre 2020, à 92 ans, l’écrivain, chroniqueur et lexicographe Alain Rey vient de se voir consacrer un livre-hommage publié par les éditions Le Robert, dont il a supervisé les dictionnaires de la langue française pendant… soixante-dix ans. C’est Alain Rey lui-même qui avait choisi ce mot : « salut » comme « mot de la fin (…) vraiment final » de la chronique consacrée aux mots qu’il tint quotidiennement de 1993 à 2006 sur l’antenne de France Inter.

Et c’est ce même mot, suivi de son simple prénom et d’un point d’exclamation, qui figure, rose sur noir, sur la couvertaure, illustrée de sa photo, souriant au lecteur, les yeux vifs et malicieux au-dessus de ses lunettes baissées. Constitué d’écrits de sa plume : extraits de dictionnaires, textes de chroniques, d’articles, d’entretiens ou de préfaces, le recueil donne également la parole à ceux qui ont collaboré avec lui à la réalisation de son grand œuvre lexical.

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Savoir encyclopédique

Celui-ci comprend les ouvrages de référence que sont le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française et sa version en un seul volume – le fameux Petit Robert – et l’innovateur Dictionnaire historique de la langue française. Son ami et collègue Giovanni Dotoli a baptisé Alain Rey, avec une admiration sincère, « le Furetière et le Littré de notre temps ». Le compliment n’est pas exagéré.

Les différentes contributions de collaborateurs, d’auteurs, de praticiens de la langue – enseignants, journalistes ou artistes – sont autant d’hommages tour à tour enthousiastes ou émus à l’érudit amoureux des mots, au savoir véritablement encyclopédique. Auquel s’ajoutait une aptitude exceptionnelle à faire partager sa passion par le grand public, qu’il savait captiver, dans ses chroniques radiophoniques, avec une apparente simplicité et un naturel teinté d’humour. Humour qu’il distillait à plaisir, n’hésitant pas à faire sourire de l’ambivalence ou du sens caché d’une expression, voire à ironiser sur… les puristes.

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Car la langue française n’est « ni pure ni soumise », aimait-il à rappeler. L’ayant étudiée et pratiquée à la manière d’un artisan ébéniste – c’est ainsi qu’il se définissait, avec une modestie non feinte –, il en était arrivé à la conclusion que la frilosité et le laxisme étaient autant d’écueils à lui éviter. En témoignent ses références à la créolisation et au métissage du français, évoquées dans le chapitre de l’ouvrage titré « Frontières ».

Il tirait de l’histoire millénaire qui a vu le latin, en partie issu du grec, s’enrichir d’un vocabulaire germanique, puis arabe, portugais ou… anglais, tout en se nourrissant de régionalismes, que le français se portait plutôt bien. Alain Rey, infatigable lecteur aux centres d’intérêt aussi variés que la cuisine, la peinture ou le théâtre, était rassuré par l’attraction que la langue française continue d’exercer, réjoui qu’elle ait pu devenir celle de l’Irlandais Samuel Beckett ou des Américains Julien Green et Jonathan Littell.

« Salut Alain ! Hommage à Alain Rey », Le Robert, 288 pages, 23,90 euros.

« Salut Alain ! Hommage à Alain Rey », Le Robert, 288 pages, 23,90 euros.