Samir Guesmi, acteur et réalisateur d’« Ibrahim » : « Mon père m’a dédié sa vie »

Samir Guesmi (Ahmed), au côté d’Abdel Bendaher (Ibrahim), dans son premier long métrage « Ibrahim ».

Dans une vie antérieure, Samir Guesmi, à la longue silhouette, était-il un coureur de relais, transmettant le « témoin » à d’autres ? La sortie de son premier long-métrage, Ibrahim, un hommage à son père (aujourd’hui décédé), s’apparente à une course de longue haleine : produit par Pascal Caucheteux (Why Not Productions), tourné en février 2019, le film a pris le temps d’être couronné dans les festivals et arrive en salle, le 23 juin, muni de tous ses trophées : quatre prix à Angoulême, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, plus le grand prix du jury au festival Premiers Plans d’Angers (section films européens) – sans oublier le label « Cannes 2020 ». L’acteur et réalisateur d’origine algérienne joue collectif : un film se fabrique à plusieurs, dit-il. Les réponses ne fusent pas, elles infusent, car Ibrahim revient de loin, telle la musique intemporelle du film signée Raphaël Eligoulachvili.

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L’immeuble de brique, où vivent le père et le fils dans « Ibrahim », est presque un personnage. Il est situé dans le quartier de votre enfance, le 13e arrondissement de Paris. Mais « Ibrahim » n’est pas vraiment autobiographique, comment le situez-vous ?

Je voulais raconter à quel point un père et un fils peuvent être à la fois très liés, mais aussi étrangers l’un à l’autre. C’est un amour qui repose sur une relation quasi muette. En ce qui me concerne, j’aurais voulu être moins sévère avec mon père. Rétrospectivement, je me suis rendu compte à quel point je m’étais trompé sur lui. Mon père m’a dédié sa vie, j’ai envie de dire merci.

Quel métier exerçait votre père ?

Il était ouvrier spécialisé sur les chantiers, « OS », comme on disait : c’est la dénomination la plus basse, il était l’homme à tout faire. Avec ce film, j’ai voulu raconter que ce n’est pas facile, l’histoire de tous ces immigrés qui laissent leur culture, leur famille, arrivent en France, travaillent, pensent repartir… Puis la vie en décide autrement, ils font des enfants. Ils ne sont pas préparés à cette double culture.

Avant ce long-métrage, vous avez réalisé un « court », « C’est dimanche ! » (2008), qui était déjà une histoire de filiation…

Oui, c’est un gamin qui se fait renvoyer du collège pour se faire affecter en lycée technique. Il doit faire signer l’affectation à son papa qui est illettré. Le gamin lui fait croire que c’est un diplôme, le père garde le papier et va le montrer à ses amis…

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