« Samson et Dalila », sur France.tv : l’opéra-péplum de Saint-Saëns

« Samson et Dalila », opéra de Camille Saint-Saëns, aux Chorégies d’Orange, le 7 juillet 2021.

FRANCE.TV -À LA DEMANDE – OPÉRA

On a du mal à croire aujourd’hui que deux des plus célèbres opéras français, Carmen (1875), de Georges Bizet, et Samson et Dalila (1877), de Camille Saint-Saëns (1835-1921), furent boudés à leurs débuts. La première représentation de Carmen, à l’Opéra-Comique, le 3 mars 1875, fut un désastre et choqua le public. Bizet mourut trois mois plus tard, à l’âge de 36 ans, loin d’imaginer que son œuvre deviendrait l’un des trois opéras les plus joués dans le monde, avec La Flûte enchantée de Mozart et La Traviata de Verdi.

Si l’Opéra-Comique hésita longtemps à accepter l’ouvrage sulfureux de Bizet, l’Opéra de Paris, auquel Saint-Saëns le destinait, refusa carrément Samson et Dalila, dont le sujet biblique chatouillait de surcroît l’esprit anticlérical de la IIIe République naissante – même si Saint-Saëns, organiste fameux de l’église de la Madeleine, était athée.

Ce fut en Allemagne, soutenu par Franz Liszt, idole du jeune Saint-Saëns, que l’ouvrage complet fut créé au Théâtre de la cour grand-ducale de Weimar, la ville où exerça une autre idole de Saint-Saëns, « Sébastien Bach », ainsi qu’on l’appelait alors en France. D’ailleurs, Samson et Dalila, qui avait d’abord été envisagé comme un oratorio, commence par un hommage appuyé à la Passion selon saint Jean du maître allemand.

Catalogue vaste et varié

Ce qui ne l’empêche pas de verser à l’occasion dans un registre plus léger, comme le raillait le dramaturge et critique musical George Bernard Shaw dans une formule restée célèbre à propos du Concerto n° 2 pour piano et orchestre (1868) de Saint-Saëns qui pourrait s’appliquer à l’acte III de Samson : « Il commence comme du Bach et finit comme de l’Offenbach. »

Et il y a dans ce péplum lyrique une danse orientalisante à désinhiber tous les nombrils du monde, la fameuse Bacchanale qui témoigne du goût que Saint-Saëns, comme beaucoup de ses contemporains, avait pour l’orientalisme (le compositeur fit de surcroît de très nombreux séjours en Egypte et, plus encore, en Algérie).

A l’heure du centenaire de la mort de Saint-Saëns, force est de constater que son catalogue vaste et varié reste encore largement méconnu, hormis ses Concertos pour piano nos 2 et 5, son Premier Concerto pour violoncelle, sa Symphonie avec orgue, la Danse macabre… Sans oublier Le Cygne, extrait du Carnaval des animaux, une partition qu’il avait interdit de jouer en public avant sa mort et qui est son opus le plus célèbre aujourd’hui.

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On pourrait rêver d’entendre les ouvrages que Saint-Saëns avait spécifiquement destinés aux théâtres antiques d’Orange (Les Barbares, 1901) et de Béziers (Parysatis, 1902). Mais ne boudons pas le plaisir de retrouver cette splendeur qu’est Samson et Dalila – le seul de ses treize opéras à être passé à la postérité – qui n’avait pas été représenté aux Chorégies d’Orange depuis près de… quarante-cinq ans.

D’autant qu’il est interprété par un Roberto Alagna des grands soirs et une Marie-Nicole Lemieux à la voix capiteuse (les deux chantant un français d’une parfaite intelligibilité). Le tout dans une mise en scène – signée Jean-Louis Grinda, directeur des Chorégies d’Orange – faite pour être vue de loin mais qu’on ne verra jamais de plus près que dans cette captation faite en juillet devant une jauge passée – crise sanitaire oblige – de 8 000 à 5 000 spectateurs.

Samson et Dalila, opéra de Camille Saint-Saëns, captation réalisée aux Chorégies d’Orange par Alexandra Clément (Fr., 2021, 135 min.) Disponible sur France.tv jusqu’au 17 avril 2022.