Santé au travail : « La prévention primaire ne parvient pas à s’imposer dans les entreprises »

Tribune. Moins d’un tiers des 108 000 cas d’affections psychiques attribuables au travail ont été reconnus en maladies professionnelles en 2019. Ce constat, qui montre l’ampleur du phénomène de la souffrance au travail, révèle aussi qu’une part non négligeable des dépenses de santé liées à des risques professionnels ont été prises en charge par le régime général de l’Assurance-maladie, et non par la branche accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP).

Cette estimation provient de la très sérieuse commission présidée par un magistrat de la Cour des comptes, chargée d’évaluer tous les trois ans le coût pour le régime général de la sous-déclaration des maladies professionnelles.

Le rapport de cette commission date de juin 2021, mais… il n’a pas été rendu public. Selon ses chiffres, seules 30 100 affections psychiques ont été prises en charge par la branche AT-MP sur les 108 000 : 28 500 au titre des accidents du travail et 1 600 en tant que maladies professionnelles. Cela signifie donc que 77 900 cas ont échappé au système de réparation des atteintes à la santé liées au travail, financé par les employeurs.

Craintes et pressions

Ce phénomène n’est pas nouveau. Il y a toujours eu, de fait, un décalage important entre la réalité des risques liés au travail et leur reconnaissance officielle ou leur indemnisation par le régime d’assurance AT-MP. Mais, loin de se réduire, cette différence n’a eu de cesse d’augmenter au cours des dernières décennies. Ainsi, dans son premier rapport, en 1997, la commission chargée d’estimer le manque à gagner pour l’Assurance-maladie avait chiffré celui-ci à 888 millions de francs, soit 135 millions d’euros. Aujourd’hui, elle estime ce coût entre 1,2 et 2,1 milliards d’euros.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Le monde du travail est devenu fou ! » : une plongée au chevet des salariés et de leur santé

Certes, depuis 1997, les connaissances scientifiques ont évolué, permettant notamment d’établir davantage de relations causales entre expositions professionnelles et maladies. Mais d’un rapport à l’autre, on retrouve les mêmes constats sur les causes de la sous-déclaration.

Les deux tiers des affections psychiques dues au travail ne sont pas reconnues comme maladies professionnelles

Il en est ainsi du manque de formation et de sensibilisation du corps médical sur les pathologies professionnelles. Ou encore des réticences de nombreux médecins du travail à établir le certificat médical initial nécessaire à toute victime souhaitant effectuer une déclaration de maladie professionnelle, par crainte de voir se dégrader leurs relations avec les entreprises concernées. Et ce, malgré leurs obligations déontologiques et réglementaires en la matière.

Il vous reste 60.67% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.