Santé : « Chaque minute compte à la phase aiguë d’un AVC »

Tribune. Nous, médecins hospitaliers, chefs de service et responsables d’unités neurovasculaires (UNV), usagers, membres d’association de patients, tenons par ce courrier à vous alerter sur la situation actuelle de nos services qui sont dans une très grande difficulté pour prendre en charge les patients souffrant d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Les AVC représentent un enjeu majeur de santé publique : 150 000 nouveaux cas en France chaque année, première cause de handicap acquis chez l’adulte, deuxième cause de démence et troisième cause de mortalité. Plus de trente études internationales randomisées ont démontré que la prise en charge de patients victimes d’AVC dans des unités spécialisées (UNV ou stroke unit en anglais) avec du personnel formé à cette prise en charge, réduit de 25 % la mortalité et le handicap.

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Cette efficacité repose d’une part sur une prise en charge multidisciplinaire réalisée par une équipe composée d’infirmiers, d’aides-soignants, de kinésithérapeutes, d’ergothérapeutes, d’orthophonistes et de médecins formés à cette pathologie, et d’autre part sur les procédures de recanalisation artérielle, la thrombolyse et la thrombectomie. Ces révolutions thérapeutiques ne peuvent être mises en œuvre que dans des UNV car elles nécessitent une expertise et une surveillance par des professionnels spécialisés en neurologie vasculaire.

20 % des patients pris en charge

En France, dès 2007 une circulaire de la DHOS [La DHOS (direction de l’hospitalisation et de l’offre de soins) disparaît et devient le 15 mars 2010 la DGOS (direction générale de l’offre de soins) ] indiquait que « l’organisation des ressources humaines et matérielles nécessaires au fonctionnement efficient de l’UNV doit être en adéquation avec le nombre de patients qu’elle prend en charge, notamment en urgence, et leurs besoins de soins » et que « la caractéristique de l’UNV est de réunir des médecins et des personnels paramédicaux de plusieurs spécialités, expérimentés, formés à la prise en charge spécifique des AVC et travaillant en coordination. Cette équipe pluridisciplinaire doit être en nombre suffisant pour prendre en charge 24h/24 tous les jours de l’année des patients atteints d’AVC ».

En 2009, le rapport Bachelot soulignait l’effort de développement des UNV mais constatait que la majorité́ des patients n’y étaient pas hospitalisés : « 20 % seulement des patients présentant un AVC y sont pris en charge ». Le rapport affirmait que « tout patient présentant un AVC doit pouvoir intégrer une filière territoriale complète et coordonnée », comprenant une hospitalisation en UNV. Ce rapport précédait un plan ministériel (2010-2014) qui a permis le développement des UNV sur le territoire français et a réaffirmé le bénéfice de ces structures pour tous les patients souffrant d’AVC.

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