Santé, environnement : « Où s’arrête le droit de dire la vérité, et où commence le dénigrement ? »

Le 25 février, Valérie Murat, la porte-parole de l’association Alerte aux toxiques !, était condamnée par le tribunal judiciaire de Libourne (Gironde) à verser 125 000 euros au Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux et à d’autres acteurs du monde viticole. Mme Murat doit ainsi réparer les préjudices causés par une série d’analyses menées, à l’initiative de son association, sur des vins labellisés « haute valeur environnementale » (HVE).

Leurs résultats indiquaient que, sur un choix de vingt-deux bouteilles estampillées HVE, un total de vingt-huit pesticides différents avaient été détectés, avec une moyenne de huit substances par bouteille. L’association entendait ainsi montrer que le label HVE n’était qu’un instrument de marketing destiné à vendre au consommateur une démarche écologique vertueuse, tout en maintenant l’utilisation de produits dangereux (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques ou perturbateurs endocriniens).

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Le tribunal a estimé que la communication de l’association, « volontairement anxiogène », relevait sans équivoque d’un « dénigrement fautif ». En particulier, les taux de substances retrouvés dans les bouteilles testées étaient très bas, de l’ordre d’une fraction des seuils réglementaires autorisés, ce qui n’était pas mentionné dans le communiqué de l’association. Mais celle-ci s’attachait plutôt à dénoncer, sur la foi de ses analyses, ce qu’elle considérait comme une forme de tromperie : la HVE ne garantissait pas, selon elle, les profonds changements de pratiques suggérés par l’intitulé du label ou vantés par le ministère de l’agriculture.

Depuis sa mise en place en 2012, la certification HVE a bénéficié d’un soutien fort des pouvoirs publics. Ces derniers ont multiplié les actions de communication et de promotion pour assurer son développement. Et, depuis près d’une décennie, des consommateurs choisissent ainsi des bouteilles frappées du logo HVE avec la certitude de faire un geste, sinon pour leur santé, au moins pour celle des travailleurs agricoles, des riverains d’exploitations, ou pour l’environnement.

Ont-ils tout ce temps été trompés, comme le suggèrent Valérie Murat et son association, ainsi que de nombreux acteurs de la société civile ?

Ce qu’il faut bien appeler une arnaque

Une note confidentielle de l’Office français de la biodiversité (OFB) transmise fin décembre 2020 aux ministères de l’agriculture et de la transition écologique, révélée le 25 mai par Le Monde, leur donne raison. Dans le cas de la viticulture – qui représente plus de 80 % des exploitations bénéficiant du label –, la HVE n’apporte simplement aucun bénéfice environnemental.

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