Santé : « La psychiatrie de secteur, publique ou associative, disparaît en vérité »

Tribune. La psychiatrie disparaît au profit de la santé mentale. C’est un constat partagé par le plus grand nombre, qu’ils voient dans cette évolution une solution ou un problème. La santé mentale s’organise en deux pôles, coordonnés : une compréhension politique du fait psychique à l’échelle de la santé publique, du grand nombre et une compréhension scientifique exclusivement nourrie par les neurosciences.

Evidemment, on peut trouver insupportable la disparition de la question de la souffrance de nos patients, qui fonde notre engagement. Bien entendu, on doit dire notre exaspération devant le dédain des tutelles pour le travail du secteur psychiatrique qui soigne l’écrasante majorité des troubles psychiatriques graves en France, avec d’autant plus de succès qu’il est soutenu par l’environnement social des patients et les acteurs politiques locaux.

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Mais, au lendemain des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, dont les psychiatres n’ont rien su de l’organisation, durant lesquelles les mots science et progrès n’ont été associés qu’aux démarches neuroscientifiques, il faut surtout souligner l’effondrement de la rigueur scientifique. Il faut craindre les conséquences de la disparition du souci épistémologique, c’est-à-dire de la question du dessein de la science que l’on produit, de sa structure et de ce par quoi elle est déterminée.

Nul doute que le secteur coûte cher

La réduction du fait psychique à ses manifestations neurobiologiques et comportementales, la recherche de compatibilité entre ces savoirs que l’on crée et le savoir économique, la disparition totale de la question de la subjectivité dans l’assourdissant silence de la science psychiatrique : voilà le plus inquiétant. Il ne s’agit plus d’un affrontement conceptuel, il s’agit d’observer la psychiatrie académique accepter de produire une science telle qu’on l’espère aujourd’hui du côté des tutelles.

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Une science qui néglige la subjectivité, le continu, l’informel et la souffrance. Une véritable science du néolibéralisme en somme. Nul doute que le secteur coûte cher. Il faut en effet avoir de véritables équipes, dûment formées pour accueillir ou aller rencontrer la souffrance psychique où elle se trouve. Il faut être nombreux pour offrir à chacun de nos patients de les écouter, pour offrir à chacun d’eux la création d’un lien d’un sujet à un autre.

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Car c’est, d’expérience et d’après les recherches pour le moins sérieuses des sciences humaines du XXe siècle, ce qui soigne. Au motif que cette pratique, indispensable pour les malades les plus graves, ceux qui souffrent le plus, ne trouve plus personne pour en défendre les fondements conceptuels auprès des décideurs politiques, elle disparaît.

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