Sauvetage de BMPS : « Le temps presse pour trouver une solution respectant l’engagement pris à Bruxelles »

Le logo de Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), la plus ancienne banque encore en activité dans le monde, sur la fenêtre d’une succursale dans le centre-ville de Rome, le 9 février 2017.

Pertes et profits. Le dossier Alitalia à peine réglé avec l’envol, mi-octobre, de la nouvelle compagnie ITA Airways, Mario Draghi n’en a pas fini avec un autre dossier sensible : le sauvetage de Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), que le président du conseil italien souhaitait boucler à la fin de l’année. Engagées il y a plusieurs mois entre le Trésor et UniCredit, candidat à la reprise des – meilleures – activités du plus ancien établissement bancaire mondial (1472), les négociations ont échoué, dimanche 24 octobre.

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Andrea Orcel, patron d’UniCredit, refusait de dégrader le bilan et l’exposition de son établissement, n’acceptant que les actifs rentables dans les régions riches du nord et du centre de la Péninsule. L’Etat, lui, était prêt à socialiser les activités dégradées et les engagements risqués dans la structure de défaisance qui héberge le passif d’autres établissements transalpins. Mais la recapitalisation, notamment pour couvrir la suppression d’une partie des 21 000 emplois de BMPS, aurait dépassé 7 milliards d’euros, alors que Rome avait déjà déboursé 5,4 milliards en 2017 pour prendre 64 % de la banque toscane.

Erreurs stratégiques

Le « banquier » Draghi hérite aujourd’hui de dossiers industriels mal ou non réglés, comme ceux du sidérurgiste Ilva, d’Alitalia, de BMPS… Ce dernier cas ressemble à celui de la compagnie aérienne, réglé après plus d’une décennie de crise : mauvaise gouvernance, erreurs stratégiques, consolidation trop tardive du secteur, le tout sur fond d’instrumentalisation politique, de fragilité gouvernementale et de pressions européennes.

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M. Draghi va devoir remettre l’ouvrage sur le métier. Le temps presse pour trouver une solution respectant l’engagement pris à Bruxelles de « reprivatiser » BMPS au printemps 2022 au plus tard. L’ex-directeur général du Trésor de 1991 à 2001, un des principaux artisans du grand mouvement de privatisations de la décennie 1990, sait où est l’intérêt de l’Etat italien. Mais l’ancien patron de la Banque centrale européenne connaît aussi les exigences de la Commission. Si la crise liée au Covid-19 l’a rendue plus accommodante, elle reste inflexible sur les aides d’Etat. Il faudra tôt ou tard rentrer dans les clous des règles de la concurrence.