Scooter à trois roues : Peugeot Motocycles perd une bataille contre Piaggio

Le scooter trois-roues Metropolis de Peugeot Motocycles.

Marché de niche largement centré sur la France, le scooter à trois roues ne fait pas seulement l’objet d’une intense bataille commerciale. C’est aussi un enjeu de propriété intellectuelle, comme le suggère l’annonce de la condamnation de Peugeot Motocycles pour « contrefaçon », mardi 21 septembre.

Au Metropolis, diffusé depuis 2013 par la marque française (devenue propriété de l’indien Mahindra en 2019), les tribunaux français et italien reprochent de s’être inspiré du système qui permet au Piaggio MP3 de se pencher dans les virages comme un deux-roues classique ou, au contraire, de bloquer la fourche (« anti-tilting ») afin de ne pas avoir à mettre le pied à terre à l’arrêt.

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Le tribunal parisien a condamné Peugeot Motocycles à payer 1,5 million d’euros de dommages et intérêts et à cesser la commercialisation des scooters utilisant le brevet concerné, alors que le tribunal de Milan a accompagné l’interdiction de commercialisation d’une pénalité de 6 000 euros pour chaque engin vendu. La direction de Peugeot Motocycles a fait savoir qu’elle allait interjeter appel des deux décisions et continuerait à diffuser son Metropolis en France – marché qui totalise plus de la moitié des ventes de trois-roues –, mais s’interroge sur l’opportunité de poursuivre les ventes en Italie.

« Notre position est ferme : le système d’articulation du Metropolis est absolument différent de celui de Piaggio », affirme Costantino Sambuy, président de Peugeot Motocycles. Pour sa part, le groupe italien a rappelé dans un communiqué les « investissements considérables en recherche et développement » consacrés au MP3 depuis son lancement, en 2006.

Chute des effectifs

La guerre des brevets entre les deux marques ne date pas d’hier. Elle a débuté en 2014, lorsque le Piaggio a saisi la justice, estimant que quatre de ses brevets étaient indûment utilisés par son concurrent français. Débouté pour trois d’entre eux, Piaggio a obtenu gain de cause sur le quatrième.

Cette condamnation risque de ralentir le rétablissement de Peugeot Motocycles, longtemps en crise et qui produit plusieurs modèles, dont le Metropolis, dans l’usine historique de Mandeure (Doubs) dont les effectifs ont chuté, en trente ans, de 1 500 à 300 salariés. Récemment restylé, le Metropolis (dont le tarif débute à 8 999 euros) constitue la partie la plus haut de gamme et la plus rentable du catalogue de la marque. Après des débuts hésitants, au milieu des années 2010, les ventes s’étaient progressivement raffermies jusqu’à représenter 20 % des immatriculations françaises, loin derrière Piaggio.

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Très populaire dans l’Hexagone, et à un degré moindre en Allemagne, le scooter à trois roues – marché sur lequel Yamaha est également présent – bénéficie d’une exception juridique qui lui permet, malgré sa cylindrée pouvant atteindre 500 cm3, d’être piloté sans avoir décroché le permis moto. Un titulaire du permis auto peut en prendre le guidon au terme d’une formation de sept heures.