« Se poser la question de la condition de l’aidant au travail devient un enjeu économique majeur »

Tribune. La pandémie de Covid-19 a mis en évidence combien l’entraide tisse les liens anthropologiques et sociétaux fondamentaux de nos sociétés. C’est ainsi que des millions de personnes « invisibles », souvent des femmes, échappant à toute statistique socio-économique, œuvrent au quotidien pour accompagner, éduquer ou procurer des soins à un proche handicapé ou dépendant. Une situation humainement normale mais qui devient un enjeu non seulement social, mais encore économique majeur pour nos sociétés du fait de ses conséquences sur le travail et les entreprises.

Entre handicap, vieillissement de la population et explosion des maladies chroniques, la démographie de la dépendance est, conformément aux prévisions des augures et autres démographes, en pleine croissance. Dans le même temps, le nombre d’actifs en France ne s’est jamais autant contracté alors que notre système de protection sociale est principalement financé par le travail. Des actifs qui, de surcroît, seront statistiquement presque tous amenés, à un moment de leur vie, à aider un proche malade, handicapé ou dépendant.

Un collaborateur fragilisé

En effet, si l’on estime en France à 11 millions le nombre de personnes en situation d’aider un proche, plus de 60 % d’entre eux sont des actifs cumulant fonction d’aidant et activité professionnelle. Pas moins du quart de la population active française !

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Une situation dont les conséquences sont immenses non seulement et bien entendu sur la vie tant privée que professionnelle de ces aidants actifs, mais encore sur le plan macroéconomique. Ainsi, se poser la question de la condition de l’aidant au travail n’est plus seulement une question d’humanité, mais devient un enjeu économique majeur qui vient percuter les fondamentaux d’une société numérisée, chaque jour davantage dirigée par le chiffre et la norme.

Moteur économique et pilier social de cette société productiviste, contrainte à la recherche permanente de l’élévation de son niveau de performance pour rester dans la compétition mondiale et faire face à des obligations, normes et autres prélèvements toujours plus nombreux, l’entreprise n’est a priori le lieu ni de l’entraide ni du don de soi.

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Aussi, l’aidant devient un collaborateur fragilisé, occupé et préoccupé par une montagne d’autres tâches et de soucis qui n’ont pas grand-chose à voir avec ses fonctions professionnelles. Ecartelé entre l’obligation de satisfaire à la contrainte de performance imposée par son métier et à l’impératif de l’attention et du soin à porter à une personne aidée, l’aidant actif doit alors faire face à un conflit intérieur et à une charge qui le conduira bien souvent à l’épuisement.

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