Se relever après un choc : des maires témoignent au Forum de la résilience

Dans le gymnase Ono à Hirono (Japon), dans la zone sud de Fukushima, une secousse sismique a arrêté l’horloge.
  • Satoshi Endo : « Nous ne sommes qu’à la moitié du processus de reconstruction »

Satoshi Endo est maire de Hirono, petite ville située au sud de Fukushima. Sa commune a été en partie détruite et totalement évacuée après le séisme du 11 mars 2011, le tsunami et la catastrophe nucléaire qui l’ont suivi. Depuis 2019, il fait partie du réseau des maires champions pour la croissance inclusive, créé par l’OCDE.

Les habitants de Hirono sont-ils revenus et à quelles conditions ?

Quand je suis devenu maire, en décembre 2013, ma première mission a été de permettre aux habitants évacués de se sentir en sécurité. La décontamination totale des maisons, usines, écoles et installations publiques, des terres agricoles et forêts avait été finalisée en décembre 2012. Des instruments de mesure des radiations, toujours en état de marche aujourd’hui, ont été installés dans la ville pour que chacun puisse être rassuré.

La deuxième étape a été la reconstruction de nos ouvrages de protection contre les tsunamis, avec l’érection d’une digue de 8,7 mètres, la surélévation de certaines routes et la plantation de 30 000 arbres. Enfin, il n’y avait plus de commerces et les habitants ne pouvaient plus faire leurs achats quotidiens. Nous avons décidé de construire un centre commercial public pour attirer une grande enseigne.

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Avant le tremblement de terre, Hirono comptait 5 500 habitants. Aujourd’hui, 90 % d’entre eux sont revenus, et si l’on ajoute les personnes évacuées des villes et villages alentours et les travailleurs des projets de démantèlement et reconstruction, notre population dépasse les 7 000 habitants. Hirono est devenu le moteur de la reconstruction du district de Futaba.

Vous avez engagé un travail de mémoire. Pourquoi est-ce important, selon vous ?

Dix ans après la catastrophe, nous avons publié plusieurs magazines basés sur des archives, en utilisant les données les plus objectives possibles pour faire le lien avec les générations futures. En tant que conseiller municipal au moment de la catastrophe, puis en tant que maire, j’ai aussi voulu partager les émotions, la douleur et les angoisses que j’ai traversées. J’ai dû prendre des décisions sans attendre qu’un débat soit lancé pour savoir si mon jugement était correct, approprié, valable, rationnel ou irrationnel, parce que la situation le nécessitait. Avec le recul, j’estime que mes choix étaient justes, mais j’ai souhaité rendre tout cela public.

Quels sont les défis auxquels vous êtes encore confrontés ?

Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin du processus de reconstruction. La régénération environnementale des forêts reste à venir et les effets de la catastrophe sur la santé suscitent toujours des inquiétudes. Nous devons donc nous assurer de mettre en place un système de soins efficace et accessible à tous. Le démantèlement des centrales nucléaires est un travail de longue haleine, et de nombreux travailleurs des projets liés au démantèlement et à la reconstruction vivent dans des conditions très précaires, dans des dortoirs ouvriers. Nous avons encore beaucoup de travail pour réussir à créer une nouvelle société inclusive.

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