Sélection albums : Fanny Azzuro, Hubert-Félix Thiéfaine, BRNS, Karen Paris, Sanseverino, Quantic & Nidia Gongora, Andy Emler MegaOctet

  • Fanny Azzuro
    The Landscapes of The Soul

Intégrale des Préludes pour piano de Sergueï Rachmaninov par Fanny Azzuro.

Pochette de l’album « The Landscapes of Soul », de Fanny Azzuro.

Le célèbre Prélude en ut dièse mineur (op. 2) qui ouvre cette magnifique plongée dans l’univers de Sergueï Rachmaninov (1873-1943) livre les principales clés de l’interprétation de Fanny Azzuro. Un jeu à la fois décidé et posé, profond et éclairant, une descente en soi qui révèle un espace de partage illimité. Et, par-dessus tout, une lisibilité qui ne va pas à l’encontre du caractère torrentiel propre à l’expression du compositeur. Sous les doigts de la jeune pianiste, tout est parfaitement articulé : la note colorée au sein d’un agrégat, l’accord déployé au service d’une mélodie, le chant transcendé par une effusion virtuose. Qu’ils séduisent par la fluidité (n° 1), le relief (n° 2) ou la mobilité (n° 7), les Préludes de l’op. 23 réalisent un parfait équilibre entre élan instinctif et parcours réfléchi. Pourvus d’un semblable magnétisme, ceux de l’op. 32 (le lancinant n° 2, l’étourdissant n° 8, le translucide n° 12) confèrent à cet enregistrement le statut de référence. Pierre Gervasoni

1 CD Rubicon Classics.

  • Hubert-Félix Thiéfaine
    Géographie du vide
Pochette de l’album « Géographie du vide », d’Hubert-Félix Thiéfaine.

Toujours bien entouré pour les compositions (les habitués Arman Méliès et J. P. Nataf auxquels se joignent Joseph d’Anvers et Nosfell), Hubert-Félix Thiéfaine s’emploie à renouveler son langage musical sur ce 18e album studio, sept ans après Stratégie de l’inespoir. Avec ses claviers et ses machines, un parfum très néo-années 1980 flotte sur Géographie du vide dès le faux reggae rehaussé de chœurs féminins de Du soleil dans ma rue et l’héritier de Léo Ferré s’essaie même à la dance avec Prière pour Ba’al Azabab. Sans que l’on soit convaincu que cette allégresse de contraste serve au mieux l’habituelle noirceur du Jurassien. Sa mélancolie convoquant des mondes anciens et des secrets perdus, celle-ci s’accorde probablement mieux à la new wave d’Eux ou à la sombre ballade de Page noire, impitoyable miroir tendu à l’air du temps (« Nous n’avons plus le temps d’imaginer le pire/D’imaginer la peur à l’heure du temps zéro/Nous n’avons plus le temps pour les larmes et les rires/Plus le temps de flirter avec les chaînes info »). Le verbe de Thiéfaine, lui, ne varie pas, puisant toujours ses ressources dans l’écriture automatique autant que l’enluminure. Bruno Lesprit

1 CD Columbia-Sony Music.

  • BRNS
    Celluloïd Swamp
Pochette de l’album « Celluloïd Swamp », de BRNS.

Si on peut émettre quelques réserves d’ordre esthétique sur la pochette du quatrième album des bruxellois BRNS, son contenu, a contrario, nous a littéralement conquis. Après Namdose, détonante fusion avec le duo rock vendômois Ropoporose paru en 2019, le trio belge débridé (prononcer « brains » en anglais) a opté cette fois pour l’exil dans un studio Brooklynois en compagnie de l’ingénieur du son français Alexis Berthelot (Gojira, Marc Ribot, Frank Ocean). Ces sessions placées sous le signe de la spontanéité donnent matière à des compositions hybrides impossibles à tracer, brouillant avec insouciance les frontières entre dissonance rock, pop mélodieuse et R’n’B (les audacieux Suffer et Not Alone). Get Something, entrée en matière explosive aux claviers, rappelle la flamboyance des Canadiens Wolf Parade, tandis que le crescendo de six minutes d’Inverted aurait pu être signé par leurs compatriotes dEUS. Le timbre éthéré de Nele De Gussem sur le puissant Light Houses, apporte quant à lui un moment de grâce suspendu. Celluloïd Swamp se joue de tous les algorithmes. Franck Colombani

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