Sélection albums : Filippo Gorini, Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, Pat Metheny, Lil Nas X, Katerina Fotinaki, Jungle, Low

  • Jean-Sébastien Bach
    L’Art de la fugue
    Filippo Gorini (piano)
Pochette de l’album « L'Art de la fugue », de Jean-Sébastien Bach, par le pianiste Filippo Gorini.

En dépit de son jeune âge, Filippo Gorini affiche une prédilection pour les œuvres écrites en bout de course par les géants de l’histoire de la musique. Après Beethoven, dont il a enregistré l’opus 111 pour Alpha Classics avec une exceptionnelle hauteur de vue, le pianiste italien de 26 ans passe à Bach et à son titanesque Art de la fugue. Monument de contrepoint que beaucoup d’interprètes abordent comme une partie de dominos en se concentrant sur l’agencement des lignes, le cycle inachevé se présente ici comme une constellation de notes au rayonnement très particulier. Dans le livret, Gorini introduit chaque pièce par des « Préludes » poétiques de son cru. Du Contrapunctus 3, il prévient ainsi que « le chemin n’avance ni ne recule ». C’est exactement ce qui se produit dans cette page où le mouvement n’est jamais inféodé à un axe. Quant au parcours du cycle sous ses doigts irradiants, il commence par la célébration de l’esprit (génie de l’écriture) et s’achève dans la fête des sens (incarnation des sons). Du grand art. Pierre Gervasoni

2 CD Alpha Classics/Outhere Music.

  • Johannes Brahms
    Sonates pour violoncelle et piano nos 1 et 2. Six Liebeslieder. Danses hongroises nos 1 et 5
    Emmanuelle Bertrand (violoncelle), Pascal Amoyel (piano)
Pochette de l’album consacré aux Sonates pour violoncelle et piano et aux Liebeslieder de Brahms par Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel.

Partenaires à la ville comme à la scène, Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel poursuivent leur exploration du répertoire pour violoncelle et piano. Un parcours jalonné de belles réussites, si l’on se réfère aux précédents albums – Liszt, Ernest Bloch, Olivier Greif, Chostakovitch. Tous deux grands tempéraments lyriques, l’archet d’Emmanuelle Bertrand et le clavier de Pascal Amoyel font musique commune, chacun respirant dans le souffle de l’autre, mettant sa voix dans son chant, seul corps, âme unique. Leur jeu passionné, entier, que ce soit dans la retenue comme dans la ferveur, leur sens de la narration donnent à ces pages magnifiques une saveur sonore jouissive et une énergie sensuelle lovée dans le vif de l’émotion. On se réjouit d’autant plus du bonheur de ces sonates brahmsiennes que le programme les agrémente des six Liebeslieder, ainsi que de deux des Danses hongroises, entre jubilation, tendresse et nostalgie. Marie-Aude Roux

1 CD Harmonia Mundi/PIAS.

  • Pat Metheny
    Side-Eye NYC (V1.IV)
Pochette de l’album « Side-Eye NYC (V1.IV) », de Pat Metheny.

Présenté comme faisant partie d’une série d’albums du guitariste Pat Metheny avec le claviériste James Francies et différents batteurs, voici le premier volume de l’ensemble Side-Eye, enregistré en public en septembre 2019 au Sony Hall, à New York. Ici, sous le numéro IV (cinq sont annoncés), Marcus Gilmore est à la batterie. Metheny y présente de nouvelles compositions (It Starts When We Disappear, Better Days Ahead, Lodger), des arrangements d’anciennes (dont l’une de ses plus célèbres, Bright Size Life, qui date de 1976, ou Timeline, écrite en 1999 pour Michael Brecker), et revient vers l’un de ses héros musiciens, Ornette Coleman, avec son Turnaround. Globalement dans l’imprégnation des langages du jazz venus du bop et du hard bop, souvent dans la forme ballade, toujours dans la fluidité lyrique, Metheny avance aussi vers le rock avec Lodger ou Zenith Blue. De bout en bout s’entend son talent à travailler les sonorités. Tout comme, derrière l’apparente facilité mélodique, Metheny et ses camarades brillent par leur science des combinaisons rythmiques et les trouvailles harmoniques. Sylvain Siclier

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