Sélection albums : Johannes Brahms, Don Cherry, The War on Drugs…

  • Johannes Brahms
    The Violin Sonatas

    Les trois sonates pour violon et piano, « Sonate FAE » (« Scherzo »). Avec Amaury Coeytaux (violon) et Geoffroy Couteau (piano).
Pochette de l’album « Johannes Brahms », intégrale des sonates pour violon et piano par Amaury Coeytaux (violon) et Geoffroy Couteau (piano).

Absolue réussite que cet album qui propose une intégrale des sonates pour violon et piano de Brahms héritière de la version mythique enregistrée en 1967 pour Decca par Josef Suk et Julius Katchen. Gestuelle ample, expressivité fervente et respiration généreuse, le Guadagnini coloriste d’Amaury Coeytaux (brillant primarius du Quatuor Modigliani) épouse la cause du piano ardent et corsé de Geoffroy Couteau, dont le corpus brahmsien constitue la pierre angulaire du répertoire. Un pur bonheur de musique, intelligemment et subtilement distillé au fil des œuvres. De l’épanouissement sensuel de la Sonate n° 1 en sol majeur au lyrisme exalté de la Troisième sonate en ré mineur, en passant par la radieuse Sonate n° 2 en la majeur. Sans oublier le frémissant « Scherzo » de la Sonate FAE qui conforte l’inscription de l’enregistrement au sommet de la discographie. Marie-Aude Roux

1 CD La Dolce Volta/Harmonia Mundi.

  • Don Cherry
    The Summer House Sessions
Pochette de l’album « The Summer House Sessions », de Don Cherry.

1968. Inédit. Une vieille bande. Elle somnole depuis juillet 1968 dans les archives du Centre for Swedish Folk Music and Jazz Research. La musique de Don Cherry (trompette, compositions, expérience intérieure) – cet acte poétique, sa vie même – dérouterait aujourd’hui autant qu’elle le faisait de son vivant. Longue suite (premier CD), à couper le souffle. Qui peut oser ça de nos jours ? Les Summer House Sessions, superbement enregistrées par Göran Freese, proposent, en style de stupéfiante furie drolatique, une voie que la musique eût pu prendre. La musique n’en a pas voulu. Dommage. Don Cherry avait « joué » avec toutes les « stars » de son époque, mais Don ne jouait pas : il lançait son art de vivre pour rien. En 1968, Don Cherry vivait sa vie avec Moki, sa future épouse, à Stockholm, et regroupait Jacques Thollot, Kent Carter, plus d’autres aventuriers de cette musique qui n’aura pas pris… Inédit bouleversant, inédit que l’on peut toujours tenter d’imiter. Quant à le rejoindre… Si l’on se souvient de la « famille de Don Cherry » à l’écart du Festival d’été de Châteauvallon, festival en-soi en dehors de la route ordinaire (1972), on se doit de plonger dans l’hypothèse heureuse des splendeurs de Don Cherry. Francis Marmande

2 CD Blank Forms Editions.

  • The War on Drugs
    I Don’t Live Here Anymore
Pochette de l’album « I Don’t Live Here Anymore », de The War on Drugs.

La formation de Philadelphie The War on Drugs récolte outre-atlantique, depuis une dizaine d’années, un succès croissant et les récompenses, dont le Grammy Award du meilleur album rock en 2018 pour A Deeper Understanding. Le leader de ce désormais sextet, Adam Granduciel, est un metteur en son obsessionnel, géniteur de nappes atmosphériques d’une profondeur et sophistication singulières (agrégation de claviers incandescents, machines et halo de guitares), lui permettant de revisiter habilement le panthéon du « classic rock » américain des années 1980, Bob Dylan, Bruce Springsteen et Tom Petty. Si ce cinquième album s’inscrit peut-être un peu trop dans la droite lignée de ces deux brillants prédécesseurs, il ne faut pas pour autant négliger son cœur : la qualité des compositions, intenses et bucoliques, interprétées avec introspection par Granduciel (au grain de voix très dylanien) sur Harmonia’s Dream, Old Skin, I Don’t Live Here Anymore ou encore Victim, réminiscence synthétique de The Boys of Summer (1984), de Don Henley. Franck Colombani

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