Sélection galerie : Roméo Mivekannin chez Eric Dupont

Vue de l’exposition Béhanzin de Roméo Mivekannin, galerie Eric Dupont, 2021, Courtesy galerie Eric Dupont, Paris.

Vaincu en 1892 par les troupes coloniales françaises, capturé en 1894, Béhanzin (1845-1906), roi d’Abomey, est déporté à la Martinique. En 1906, il est enfin autorisé à revenir en Afrique, mais pas dans son pays. Avec ce qui lui reste de famille et de suite, il débarque à Bordeaux, est invité, ironiquement, à visiter l’Exposition coloniale de Marseille, et est transféré en Algérie, à Blida d’abord, puis à Alger, où il meurt.

De cette histoire, il demeure nombre de photographies, parues dans la presse de ce temps : portraits, scènes privées ou publiques. Roméo Mivekannin, artiste béninois de 35 ans, les reprend selon une technique singulière. Il les agrandit aux dimensions des draps cousus sur lesquels il les redessine en grisaille. Il joue des noirs et des gris pour faire apparaître des figures fantomatiques ou plus présentes. Dans la plupart de ces œuvres, il introduit son autoportrait, reconnaissable au gris plus dense qu’il emploie alors.

Tel était déjà le cas auparavant, quand il reprenait des clichés du racisme ordinaire – soldats blancs traitant des femmes noires comme des objets sexuels, lynchages aux Etats-Unis – et des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art – Les Ménines ou Le Radeau de la Méduse et s’y introduisait. Son visage, placé souvent sur un corps de femme nue, arrêtait le regard et jetait le trouble. Il en est de même ici, tout aussi vivement, mais, en se glissant dans le récit de Béhanzin, l’artiste raconte un peu de son histoire personnelle, car il est l’un des très nombreux descendants du roi déchu dont il rappelle si précisément la défaite et l’humiliation.

« Béhanzin ». Galerie Eric Dupont, 138, rue du Temple, Paris 3e. Jusqu’au 24 juillet. Du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures. Eric-dupont.com