Sélection galeries : Mézières à la Galerie 9e art et Peter Buggenhout à la Galerie Laurent Godin

  • Mézières
    Galerie 9e art

« Valérian et Laureline », couverture intégrale n° 7, de Jean-Claude Mézières.

Le bloc de carbonite qui retient prisonnier Han Solo dans L’Empire contre attaque ? C’est lui. Les taxis volants du Cinquième élément ? Encore lui. La ville flottant dans l’espace de Dark City ? Toujours lui. En créant, en 1967, le personnage de l’agent spatio-temporel Valérian, avec son ami scénariste Pierre Christin, Jean-Claude Mézières, 83 ans aujourd’hui, a non seulement révolutionné la bande dessinée de science-fiction, mais aussi codifié le genre du space opera, dont il reste sans conteste l’un des plus grands inspirateurs. En réunissant une soixantaine de planches et d’illustrations de la série Valérian et Laureline, la Galerie 9e art permet de prendre la mesure de cette inventivité formelle. Vaisseaux, créatures, cités, tout y est d’une stupéfiante richesse. Bien sûr, le dessin de Jean-Claude Mézières n’a plus la même justesse dans les derniers tomes. Mais admirer les planches à l’encre de Chine de chefs-d’œuvre comme L’Empire des mille planètes (Dargaud, 1971) ou Sur les terres truquées (Dargaud, 1977) est un plaisir proustien dont il ne faut pas se priver. La visite de l’exposition pourra être utilement complétée par la lecture de L’Art de Mézières (Dargaud, 240 pages, 39 euros), un artbook consacré au dessinateur français qui vient d’être publié. Cédric Pietralunga

Lire aussi « Si “Valérian” avait été adapté aux Etats-Unis, nous aurions été trahis »

« L’Art de Mézières ». Galerie 9e art, 4, rue Crétet, Paris 9e. Jusqu’au 23 octobre. Du mercredi au samedi de 11 heures à 13 heures, puis de 14 heures à 19 heures. Galerie9art.fr

  • Peter Buggenhout
    Galerie Laurent Godin

« The Blind Leading the Blind #91 » (2020), de Peter Buggenhout.

Baudruches, édredons, fragments d’étagères, cartons abandonnés, panses animales… Tous ces débris dont Peter Buggenhout s’empare semblent retournés à la poussière. Et pourtant une étrange vie émane des sculptures de l’artiste flamand. Des histoires secrètes dont on aperçoit les traces, des « vérités complexes », comme il le suggère. Volontairement choisis pour leur « abjection », ces éléments se fédèrent en magma, « sachant à peine d’où ils viennent et pensant à tort savoir où ils vont, comme nous », dit-il. Ses Gorgones cristallisent des millénaires, pierres romanes envoûtées de crins et de sang. Quant à la pièce finale, la plus monumentale, elle attire comme un aimant cette poussière noire qui enserre les œuvres les plus célèbres de Buggenhout, et impose dans l’espace contraint sa présence spectrale. Emmanuelle Lequeux

« Pas perdu(s) ». Galerie Laurent Godin, 36 bis, rue Eugène-Oudiné, Paris 13e. Jusqu’au 27 novembre. Du mardi au samedi, de 11 heures à 19 heures. Laurentgodin.com