« Séries : Enquête sur les pratiques et les goûts des Français », l’ouvrage qui décortique les usages des spectateurs

Livre. Vieille comme la télévision mais considérablement renouvelée par la création des chaînes payantes, puis l’essor des plates-formes de SVOD, la série est « désormais l’objet d’une reconnaissance partagée ». Séries. Enquête sur les pratiques et les goûts des Français pour les séries télévisées entend mettre en lumière les fondations et les contours de cette reconnaissance.

Et c’est un travail de titan que les sociologues Clément Combes et Hervé Glevarec présentent ici : les résultats d’une vaste enquête menée par le CNRS et Sciences Po, en 2017, auprès d’un panel de près de 2 500 personnes. Principalement destinée aux professionnels, la synthèse de cette étude passionnera néanmoins tous ceux qui s’intéressent à un format dont la capacité à saisir les soubresauts de l’époque a créé un objet incontournable de la culture populaire.

« Grey’s Anatomy » ou « Game of Thrones » ne rassembleront jamais un public aussi massif que « Dallas » ou « Colombo » en leur temps

Première étude de cette ampleur en France, l’enquête Séries témoigne d’un intérêt croissant des sciences sociales pour le sujet, et prend acte du fait que les séries sont désormais des objets d’étude comme les autres. Il aura pour cela fallu attendre l’arrivée sur les écrans de la « quality television », ces grandes séries chorales marquées par « une mise en résonance du contexte historique et sociologique », associée à une forte dimension réflexive, c’est-à-dire une large place accordée aux « difficultés existentielles des personnages ».

« Configuration du goût culturel »

Les données compilées au cours de l’étude, restituées de façon très intelligible, mettent en évidence des permanences, comme la place encore centrale du téléviseur et de la linéarité dans la consommation de séries ; elles soulignent également des mutations, tel l’émiettement des publics : les grandes séries d’aujourd’hui, telles que Grey’s Anatomy ou Game of Thrones, ne rassembleront jamais un public aussi massif que Dallas ou Columbo en leur temps.

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Divisé en quatre grandes parties, le livre quantifie et qualifie les usages des panélistes (« Habitudes télévisuelles et pratiques émergentes »), éclaire la façon dont les spectateurs choisissent et évaluent les séries qu’ils regardent ou ne regardent pas (« Catégorie, jugements et patrimoine »), propose une cartographie à la fois des séries et de ceux qui les regardent (« Une particularisation des pratiques ») et montre, dans une dernière partie particulièrement intéressante, comment les séries participent de la « configuration du goût culturel » (« La différenciation du goût »).

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