Séries Mania : le combat continue pour les femmes de plus de 50 ans

Dans un épisode de la dernière saison de Dix pour cent, diffusée en 2020 sur France 2, Sigourney Weaver, 71 ans, se plaignait de se voir imposer pour les besoins d’un film une idylle avec un homme de son âge. Pourquoi lui refusait-on le partenaire de son choix (en l’occurrence Gaspard Ulliel, 36 ans à la ville) ? La scène en dit long sur la sévérité du regard porté sur cet âge de la vie par les femmes comme par les hommes. Elle en dit aussi beaucoup sur la différence de traitement qui se creuse entre acteurs et actrices une fois passé le cap du demi-siècle.

Toutes les Girls du monde ne suffiront pas à inverser la tendance, les femmes sont minoritaires à l’écran depuis l’invention du cinéma. Et les séries ne sont, pour l’instant en tout cas, absolument pas l’eldorado que l’on croit : selon les travaux du sociologue Mathieu Arbogast, qui mène des études statistiques sur le sujet, la part des femmes dans la distribution des séries diffusées en France plafonne autour des 40 % depuis le début des années 2000. Cette part s’effondre après 45 ans : 15 % des actrices à l’écran ont dépassé la cinquantaine, contre 38 % de leurs collègues masculins.

Des couples asymétriques

Pis, la représentation du couple hétérosexuel dans les séries reste profondément asymétrique. Les femmes y sont majoritairement plus jeunes que leurs partenaires masculins ; si l’homme et la femme sont d’âge identique, l’homme aura, en général, une position sociale supérieure (dans une série policière, il sera par exemple plus gradé). Cerise sur le gâteau, passé 50 ans, les femmes n’ont plus de compagnon ou de compagne, voire plus de sexualité du tout.

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Les lignes bougent pourtant : d’une part sous la pression de la pyramide des âges, d’autre part sous l’influence d’un public (féminin mais pas seulement) qui aspire à des fictions plus inclusives. Plusieurs programmes présentés cette année à Séries Mania s’en font l’écho, tel On the Verge, série sur quatre copines en « milieu de vie » écrite et interprétée par Julie Delpy, ou encore Nona et ses filles, dans laquelle Valérie Donzelli raconte la grossesse d’une femme de 70 ans jouée par Miou-Miou. Reste que la représentation des femmes de 50 ans et plus à l’écran n’est pas à la hauteur de leur place dans la société, d’autant que toutes les actrices ne sont pas logées à la même enseigne.

D’un côté, les Nicole Kidman, Julianne Moore, Karin Viard, Sandrine Kiberlain peuvent dans une certaine mesure compter sur leur popularité – voire leur compte en banque, qui permet de financer leurs propres projets – pour continuer à susciter le désir, même avec quelques rides en plus. A l’autre bout du spectre, des comédiennes invisibilisées retournent la situation en faisant de cette fin supposée de leur désirabilité un sujet. Avec des propositions audacieuses et souvent réussies, comme le Better Things de Pamela Adlon (dont elle est scénariste et interprète), tribulations d’une comédienne en galère, mère célibataire de trois filles.

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