« Sex Education » : Laurie Nunn, la poilade sinon rien

Laurie Nunn, lors de Canneséries, à Cannes (Alpes-Maritimes), le 9 octobre 2021.

La trentenaire tirée à quatre épingles, que l’on rencontre dans un box en contreplaqué de l’espace mis à disposition de la presse par le festival Canneséries, qui s’est tenu du 8 au 13 octobre, ressemble curieusement au personnage de Maeve, joué dans Sex Education par Emma Mackey. C’est pourtant à Otis, le jeune garçon inhibé qui s’improvise sexologue auprès de ses camarades pour gagner un peu d’argent et accessoirement le cœur de ladite Maeve, que la showrunneuse Laurie Nunn s’identifie le plus.

Sortie le 17 septembre, la troisième saison des aventures d’Otis et de ses copains du lycée de Moordale continue de capter un public qui va bien au-delà de sa cible et, tout aussi important, de séduire les critiques. Sa créatrice, qui a reçu le prix Konbini de l’engagement à l’occasion du festival cannois, n’en revient toujours pas. Il faut dire que le projet, lui, revient de loin.

Née au Royaume-Uni d’un père britannique et d’une mère australienne, Laurie Nunn a d’abord envisagé une carrière de réalisatrice. « Après des études de cinéma, j’ai fait quelques films très expérimentaux, non dialogués, qui sont assez drôles à regarder avec le recul », confie-t-elle en riant. Mais les ambitions cinématographiques de l’étudiante se heurtent rapidement à l’essor de la série d’auteur et à ses potentialités scénaristiques.

Perspective féminine

Télévore, la jeune femme voue un culte aux Soprano, à Sex and the City… et rend Six Feet Under responsable de son virage professionnel. « C’est le moment où je me suis dit que je voulais écrire pour la télévision. J’aime les longs formats et les similitudes avec le roman, la façon de chapitrer les histoires. C’est également à ce moment que j’ai remarqué que la télévision offrait plus de rôles féminins intéressants que le cinéma. »

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Laurie Nunn : « On peut tout à fait écrire sur les hommes en mettant l’accent sur le plaisir et le désir des femmes »

Diplôme de scénariste en poche, la jeune femme développe alors plusieurs projets, qui ne verront jamais le jour, puis écrit le pilote de Sex Education à la demande d’un producteur britannique. Tel le manuscrit d’Harry Potter, personne n’en veut. Jusqu’à ce que Netflix tombe dessus et lui demande de creuser. Freaks and Geeks, Angela 15 ans, Dawson, Dix bonnes raisons de te larguer, Elle est trop bien… : la jeune femme – qui était sur le point de raccrocher le stylo – puise dans ses souvenirs de visionnage d’ado pour construire un univers qui « rende hommage à ce genre, mais en fasse aussi une mise à jour, en lui injectant une perspective féminine ». Celle-ci s’applique à tous les rôles, y compris masculins. « Mes coscénaristes sont majoritairement des femmes, mais le personnage principal de Sex Education est un garçon. On peut tout à fait écrire sur les hommes en mettant l’accent sur le plaisir et le désir des femmes. »

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